ART ET SPORT, LE 27 JUIN 2015 à Drouot – Vente de la collection ESCRIME du Maître d’armes Jacques Castanet

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Le Maître d’armes Jacques Castanet

 

Alors que l’escrime est de toutes les disciplines sportives olympiques celle où les Français se sont le plus distingués depuis la rénovationation des Jeux en 1896, celle où ils ont obtenu le plus de médailles – 115 médailles dont 41 en or, 40 en argent et 34 en bronze –, ce sport ne bénéficie plus aujourd’hui d’un véritable engouement populaire. La Fédération française d’escrime affiche 55 000 adhérents pour l’année 2013-2014, en légère baisse par rapport à 2012-2013, alors que la Fédération française d’équitation compte actuellement plus de 700 000 adhérents, celle de tennis plus de 1 100 000 et la Fédération de football près de 2 millions.

La place de la France en escrime au niveau international se confirme au sein de la Fédération internationale d’escrime puisque six de ses 14 présidents auront été français ; le président actuel est le Russe Alisher Usmanov. Cette Fédération internationale a été créée le 29 novembre 1913 à Paris (elle est aujourd’hui basée à Lausanne, en Suisse).

C’est pourtant avec – et surtout après – la Première guerre mondiale, historiquement, que débute la chute de la considération «populaire» envers l’escrime. Selon le Maître Pierre Lacaze, « la Grande Guerre a tué le duel. » Quand bien même certains duels feront plus tard la Une des journaux : par exemple, le duel entre Serge Lifar et le Marquis de Cuevas ou celui du 21 avril 1967 entre Gaston Deferre, maire de Marseille, et René Ribière, le député du Val d’Oise. L’âge d’or de l’escrime, comme le rappelle le maître d’armes et collectionneur Jacques Castanet, commence en 1870 et s’achève en 1914.

 

https://www.youtube.com/watch?v=gzQL6_50OuQ

 

La collection Escrime mise en vente à Drouot le samedi 27 juin 2015 (avec exposition et présentation de Jacques Castanet lui-même de 11 à 18h le vendredi 26 juin) représente une grosse partie de son fonds personnel, à la fois fonds de documentation, collection de bibliophile et de passionné d’histoire dans ce domaine, collection de Maître d’armes et aussi fonds d’un magasin totalement dédié à l’escrime se trouvant à Savigny-sur-Orge : Jeanne Élise d’antan, l’antiquaire de l’escrime.

 

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«Cette vente est un hommage (posthume) au Maître Pierre Lacaze, confie Jacques Castanet (…) L’escrime est un sport, personne ne le conteste mais plus personne ne sait que pendant des siècles, l’escrime a été un art, un art de vivre, mais aussi un art de mourir ; d’ailleurs, aux XVIIe & XVIIIe siècles, de nombreux livres sur ce thème avaient pour titre “l’Art des Armes”.» Jacques Castanet, maître d’armes, bibliophile, qui a enseigné plus de 30 ans l’escrime, transmettant sa passion et la philosophie de ce sport, est donc particulièrement attaché à l’histoire, comme son maître Pierre Lacaze auquel cette vente est dédiée. «La Fédération française d’escrime (FFE) ne s’intéresse plus vraiment à l’histoire et il n’y a plus d’histoire enseignée de l’escrime, souligne-t-il. Pour des questions d’argent, la FFE ne se focalise que sur les résultats. Il importe aujourd’hui que les élèves obtiennent des résultats pour obtenir des subventions qui permettront de payer les professeurs – ils ne reçoivent en effet plus de rémunération ni du ministère de la Défense ni de l’Education nationale.» A côté de cette fédération, une autre association réunit près de 500 maîtres d’armes – dont Jacques Castanet : l’Académie d’Armes de France. Elle a été créée par Charles IX en 1569 et elle est bien vivante !

De fait, cette vente de la collection Castanet, une vente exceptionnelle par les documents proposés dans le domaine de l’escrime, ne peut qu’attirer l’attention des bibliophiles, des historiens de la société, des historiens de l’escrime… Précisons que cette vente publique « Art et Sport » du 27 juin 2015 à Drouot comprend des lots dans d’autres domaines sportifs : l’automobile, l’aviation, la pelote basque et le golf, le polo, le tennis, le rugby, le cyclisme…

 

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Si le duel existe depuis la plus haute antiquité, ce combat entre des hommes armés ne possède alors que des règles sommaires. Il faut en réalité attendre la Renaissance italienne, ce fameux Quattrocento qui précède la Renaissance en France, pour assister à la naissance de l’escrime – notamment avec Marozzo (1536), Agrippa (1553), Grassi Allemand (1570)… Ainsi le courant italien en escrime sera toujours très présent. « Louis XIV, le premier, raconte Jacques Castanet, rompit la tradition des Maîtres italiens pour s’assurer les services d’un Français, le Me Liancour : de nombreux Maîtres s’illustrèrent aux XVIIe & XVIIIe afin de combler le retard pris sur les Italiens : Besnard, Rousseau, Ph. de la Touche, Le Perche, Labat à Toulouse, puis Danet, La Boissière père (l’inventeur du masque vers 1750), Navarre, Moreau à Nantes, Picard à Rouen, Prévost, Daressy à Agen ». Alors que le fleuret, arme non pointue destinée à l’apprentissage, est créée en 1650, il faut attendre un siècle et 1750 pour voir apparaître le premier masque. En 1770, L’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert accorde 15 pages à l’escrime, art mécanique avec l’équitation, la danse et la natation (sous Louis XIV, l’équitation, l’escrime et la danse étaient déjà réunies).

Avec le Chevalier d’Eon et le désormais célèbre Chevalier de Saint-Georges – fils d’un noble français et d’une esclave noire – violoniste, compositeur de musique et escrimeur renommé, nous arrivons dans ces années turbulentes qui précèdent la Révolution. Seul les nobles avaient le droit de porter l’épée, mais les duels produisaient chaque année une véritable hécatombe. Les rois les avaient fait interdire, mais rien n’y faisait ; les édits royaux se succédaient et les duels se poursuivaient. À ce titre, l’histoire juridique des duels en France, avec les successions d’interdictions qui restèrent sans effet, mériterait à elle-seule un livre. Ces interdictions de duels se poursuivirent sous Napoléon et sous la République. Sous Napoléon, les grognards ouvrirent des salles d’armes… Et, nous l’apprenons grâce à cette vente, les journalistes, eux-aussi décidèrent de défendre leur honneur par l’épée. Le Figaro créa une salle d’armes à Paris, La Voix du Nord, à Lille, et Le Progrès, à Lyon !

 

MASQUE

En couverture du catalogue de cette vente, le fameux premier masque de l’histoire de l’escrime (masque : surtout ne pas dire casque). La partie de la vente portant sur l’escrime commence avec le lot 1 et se termine au 190 (la vente dans sa totalité se poursuit jusqu’au lot 622). Successivement sont proposés les armes, les masques, les équipements, les trophées, sculptures et statues, les médailles, les brevets et diplômes, les photos, les archives et documents – dont nombre de revues – et enfin des livres (livres italiens, belges, espagnols, allemands, anglais, monégasques et français du lot 139 au lot 190, certains lots réunissant plusieurs ouvrages).

Deux pièces très rares : la première parmi les armes. Il s’agit d’un fleuret du XVIIe siècle – une « des premières armes destinées à l’apprentissage et non plus à tuer l’adversaire, une des premières non pointues, avec un méplat qui sera recouvert de fil poissé et de cuir retenu par un petit lien évoquant un bouton de fleur. Certains historiens citent ce détail comme l’une des origines du mot fleuret, lame Solingen, 79 cm avec poinçon et tête couronnée. Garde sur le modèle des rapières de l’époque, poignée bois, pommeau rivet. Manque un arceau sur la garde. Pièce de musée », précise l’expert, Jean-Marc Leynet. Il est estimé 8 000 / 10 000 . Le lot n°24 est ce fameux masque créé par le Me Laboèssière père – qui avait formé le futur Chevalier Saint-Georges pendant toute son adolescence. Des accidents eurent lieu, des maîtres avaient par exemple perdu un oeil par la maladresse d’un élève. Le masque est conçu à partir d’un grillage tressé qui ne couvre que la face. D’après les documents d’époque, il n’a pas été apprécié par tous : «puisque le visage va être protégé, certains tireurs vont pouvoir faire n’importe quoi». Il a a néanmoins rapidement été utilisé par tous, les illustrations datées en témoignent. Pièce de musée estimée à 8 000 / 10 000 .

L’escrime atteignit une telle vogue à certains moments de l’histoire qu’il n’est pas difficile de rencontrer de grands auteurs qui évoquent leurs prouesses, leurs duels, leurs aventures… et celles des autres. C’est le cas d’Alexandre Dumas, de Théophile Gautier. C’est le cas du célèbre Pierre de Bourdeille (1540-1614), plus connu sous le nom de Brantôme, l’abbé (laïc ou séculier) de Brantôme, qui gagna la célébrité grâce aux Vies des dames galantes et est aussi l’auteur d’un texte sur les duels : Mémoires de Messire P. de Bourdeille Seigneur de Brantôme contenans [sic] les anecdotes de la Cour de France sous les Rois Henri II, François II, Henri III, Henri IV touchant les Duels. A Leyde, chez Jean Sambix le Jeune – E. O. demi-veau romantique jais ; dos lisse à décor de fers rocailles dorés ; 8×13 ; tranches mouchetées; 1 ff.n.ch., faux titre, page de titre en rouge et noir; 331po. Ed. originale annexée à la série des Mémoires de Brantôme dont il constitue le volume X, les volumes précédents ayant paru à partir de 1665. Ce volume est réuni à quatre autres pièces dans le lot 172 dont l’estimation basse pourrait n’être que celle de ce volume… Mais nous retrouvons le Discours sur les Duels dans une édition de 1887 avec le lot 176 – Préf. de H. de Pène, Lib. des Bibliophiles. broch. 12 x 19 ; XV + 256 p. non coup.) – et, cette fois, Brillat-Savarin et son Essai historique et critique sur le Duel1926, 1/2 rel. + coins ; dos . nerfs, tête d’or ; et Gabriel Letainturier-Fradin, sous-préfet, historien de l’escrime. Les idées de Nestor Sapience sur le Duel publiées dans La Nouvelle Revue des 1er & 15 juin 1906 présentées en demirel. percaline + coins 15 x 24; 44 p. Estimation de ce lot de 3 ouvrages : 120 / 150 . De manière analogue, le lot 165 réunit seize pièces particulièrement intéressantes pour une estimation totale de 450 / 500 € !

 

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Deux ouvrages seront nécessairement l’objet de désirs partagés… Il s’agit de deux bibliographies. Elles ne courent pas les rues, pour reprendre une expression facile… Il y a celle de Jacopo Gelli, lot 144 : Bibliografia generale della Scherma1890. édit. à 600 ex., texte en italien et en français, velin+ coins, 17 x 25, 582 p. E.O., bel ex-libris [«la plus documentée et la plus recherchée des bibliographies sur l’escrime»], estim 800 / 1 000 Il y a aussi celle de Garcia-Donnel de 1926 (lot 171) : Catalogue de vente de livres anciens sur l’escrime et le duel à Drouot. La plus importante vente sur ce sujet, 2000 livres en 950 lots ; br. 16 x 24 ; 214 p. Ouvrage de référence indispensable à tout collectionneur. Cartonnage entoil. rouge, parfait état.

Les ouvrages en italiens et en anglais sont les témoignages, pour les premiers, de l’influence italienne sur la France ainsi que de la rivalité et de la compétition entre l’Italie et la France, alors que pour les seconds, nous découvrons à quel point l’escrime française était appréciée en Grande-Bretagne. Terminons ici par une anecdote concernant la rivalité des Italiens et des Français. Elle se trouve dans le Petit essai historique : un Maître d’Armes sous la Restauration d’Arsène Vigeant, 1883 (lot n°180 Ter) ; ex. num. 15/40 sur Whatmann, vendu 50 fr. or ; double portrait de Jean-Louis. Motteroz ; 1/2 chag. moutarde ; 15 x 21,5 ; 194 p. double E.A.S. 180 / 200 .

 

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«En 1814, l’armée française campe sous les murs de Madrid !, rapporte Jean Castanet. À la suite d’altercations répétées [ndlr : pour ne pas dire des bagarres de garnisons, tous les soirs] entre soldats français et italiens (enrôlés de force), les autorités décident de régler le différend par les Maitres d’Armes des deux régiments : le Me Jean-Louis est opposé successivement à 15 Italiens : il tue les quatre premiers et blesse ensuite les neuf suivants : le Général arrête ce duel qui restera dans les annales.» L’escrime étant devenue un sport, les rencontres furent moins risquées… Mais, parfois… comme ces duels franco-italiens de 1902 : la rencontre courtoise entre deux maître italiens (Vega et Pessina) et deux maîtres français (Kirchhoffer et Lucien Mérignac) dégénère et défraie la chronique. «Nous avons du mal à imaginer aujourd’hui les risques que prenaient les escrimeurs. C’est en raison de ces risques que l’art de l’escrime prit l’aspect d’une pratique très contraignante. Et cela est encore plus vrai dans la cavalerie avec des cavaliers qui combattaient avec l’épée.» Comment l’art du combat est-il devenu un véritable sport ? Tel est le thème précisément du livre de Pierre Lacaze paru en 1991 chez Gallimard, collection Découvertes sous le titre En garde. Du duel à l’escrime. Puisque cette vente lui rend hommage, terminons avec le lot 169 qui comprend quatre titres de Pierre Lacaze : L’Histoire de l’Escrime, 1965, cours enseigné à l’I.N.S. aux élèves-maîtres, 95 pages ronéotypées sur une seule face, dos encollé ; L’Histoire de l’Escrime, 1971. E.O. 500 ex. broché collé ; 13 x 21 ; 138p. + 32 pl. H. I. 1/500e. Même ouvrage. Plein chant éditeur réedit. 2009 et En Garde : du Duel à l’Escrime – cité plus haut, 1991 Gallimard – Découvertes ; 12,5 x 18 ; 128p. Estimation pour les quatre : 80 / 100 .

 

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• JEANE ELISE D’ANTAN

Jacques Castanet
8, place Beaumarchais
91600 Savigny-sur-Orge

Tél. : 33 (0)6 64 37 77 76

http://www.antiquaire-escrime.com/index.asp

 

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VENTE « ART & SPORT »
SAMEDI 27 JUIN 2015

• VENTE À 11H00 DU LOT 1 À 138
ET À 14H00 DU LOT 139 À 622

PARIS – HÔTEL DROUOT – SALLE 9
9, rue Drouot – 75009
Tél. de la salle : +33 (0)1 48 00 20 09

EXPOSITION PUBLIQUE À L’HÔTEL DROUOT
Vendredi 26 juin 2015 – de 11h00 à 18h00

SVV Coutau-Bégarie

EXPERT : Jean-Marc LEYNET
Tél. : +33 (0)6 08 51 74 53
Courriel : leynet.jm@expertise-sport.com

ORDRES D’ACHAT
information@coutaubegarie.com
Fax : +33 (0)1 45 56 14 40

 

• Pour consulter le catalogue de cette vente :

http://s309339927.onlinehome.fr/PDF/2015/09_art_sport_27juin2015.pdf

 

• Enchérir et voir la vente en direct sur : 

www.drouotlive.com

 

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Rédacteur en chef du "Magazine du Bibliophile et de l'amateur de manuscrits et autographes".
Site Web : http://www.mag-bibliophile.fr