Vendredi 6 octobre 2017 – VENTE PUBLIQUE : Curnonsky chez Artcurial

 

 

La vente vendredi 6 octobre 2017 chez Artcurial, Paris, d’une collection de livres et documents ayant appartenu à Maurice Curnonsky fait resurgir le Prince des gastronomes sur le devant de la scène publique (1). Sa notoriété aujourd’hui n’est pourtant en rien comparable à celle qu’il posséda de son vivant – même s’il reste une figure éminente pour les cercles gastronomiques et malgré également le patient travail accompli pendant plus de cinq ans par Inge Huber (Jeanne B. Barondeau), biographe allemande de Curnonsky. (2)

 

Comme par automatisme journalistique, il serait facile d’évoquer un «mystère Curnonsky» ou, mieux, cet autre mystère, plus grand encore, celui de Maurice Sailland – véritable nom de cet Angevin qui, un jour, poussé par son maître de l’humour et de la plaisanterie, Alphonse Allais, adopta le pseudonyme slavisant de Curnonsky. Qui était donc Curnonsky ? L’adage romain «Numen Nomen», le nom c’est l’homme, vaudrait-il aussi pour les pseudonymes ? Quelle véritable relation entretient un auteur avec son (ou ses) pseudonyme(s) ? Dans le cas de Curnonsky, le choix du pseudonyme reposait sur un souvenir de potache. Lors d’un examen de latin, les organisateurs attendaient que l’élève Sailland se manifestât. Il envoya ce message : «Cur Non ?» Autrement dit «Pourquoi pas?» Plus tard, avec l’écrivain et humoriste Alphonse Allais, il choisit de slaviser son pseudo. Le Tout-Paris vivait a l’heure russe. Les Ballets russes faisaient salle comble au Châtelet. Toute une escadre de la marine russe débarquait à Toulon… Il y eut aussi une Révolution russe dont on commémore le centenaire… Et Curnonsky fut aussi inquiété, allant jusqu’à être pris pour un espion ! Au bout du compte, il regretta ce pseudonyme, mais il reconnut aussi qu’il était trop tard pour l’abandonner, ayant signé de trop nombreux articles sous ce nom.

Ce ne fut d’ailleurs pas le seul pseudonyme sous lequel il signa. Par exemple, avec son ami, le poète Paul-Jean Toulet (dont on lira avec intérêt la correspondance entretenue avec Claude Debussy et Henri de Régnier), on le retrouve sous la signature de Fred dans Le Rire… L’époque acceptait cet usage assez facilement. Willy, par exemple, l’éditeur, auteur et mari de Colette, utilisa lui aussi de nombreux noms d’emprunt. Mais, puisque son nom se glisse ici, rappelons que Curnonsky fut un son «nègre», son «Lohnschreiber», l’écrivain salarié, comme le fait remarquer Inge Huber (les Anglais utilisent l’expression très poétique de ghost writer, l’écrivain fantôme). Ici, pas de pseudo, l’auteur qui s’affiche comme auteur sur la page titre, c’est Willy… Et Curnonsky ne fut pas son seul prête-plume. Donc mystère sur certains écrits de Curnonsky. Qu’a-t-il écrit ? Que n’a-t-il pas écrit ?

UN PERSONNAGE
DE SON TEMPS

Le personnage est tout à l’image de son époque. Ce n’est pas un personnage, mais 10, mais 100. Quel est donc l’homme qui se trouve derrière ? Si le foisonnement d’intérêts et d’activités qu’il est facile de lui reconnaître semble appartenir à un personnage de roman russe, alors le pseudonyme de Curnonsky n’est pas trop mal choisi. Le foisonnement des intérêts, des passions est aussi en général la grande qualité et le grand défaut des journalistes polygraphes. Curnonsky était curieux. Il avait, très jeune, fait sien le principe du Sapere Aude, la connaissance était pour lui une vraie religion. Ce qui le conduisit au Collège Stanislas à Paris et il obtint une licence de lettres. Il avait songé à préparer Normale Sup, mais la vie, les nécessités matérielles  et sans doute aussi  le plaisir l’entraînèrent vers le journalisme. Ainsi, son apprentissage se poursuivit-il dans ses activités professionnelles. Il y faisait preuve de qualités exceptionnelles – en particulier de mémoire.

Tout au long de sa vie et dès le début de ses années parisiennes, Curnonsky rencontra et fut l’ami de nombreuses personnes et personnalités du siècle. Songez qu’à vingt ans, il écrivit à Zola dont il reçut quelques lettres… Le Dr René Chauvelot évoque cette correspondance dans la préface qu’il a donnée aux Souvenirs littéraires et gastronomiques de Curnonsky publiés chez Albin Michel (1958). «[…] les lettres précitées sont toujours restées, et jusqu’à la fin de sa vie, en la possession de Maurice Sailland. Celui-ci les avait soigneusement classées et rangées ; le moins que l’on puisse dire est qu’il a eu mille fois la possibilités de les inclure dans un de ses articles, ouvrages ou conférences. Aucun de ces documents, pourtant n’a été utilisé, et non seulement par Curnonsky, mais par les nombreux auteurs (et amis) qui ont étudié sa vie et son œuvre. Particulièrement démonstrative me semble la précision suivante : dans ses courts souvenirs d’À travers mon binocle sur Émile Zola, le célèbre Angevin ne donne qu’un bref résumé de la réponse du grand romancier. Et il ne fait aucune citation textuelle de sa propre missive – pourtant tout à l’honneur, n’est-il pas vrai, de ses années d’apprentissage. Si l’on souligne encore, que mainte narration semblable pourrait s’ajouter aux pages précédentes et que, d’autre part, Curnonsky est l’auteur de soixante-cinq ouvrages dont les deux tiers, ou presque, sont épuisés et n’ont jamais été réédités (même sous forme d’extraits) bien que ces pages littéraires et gastronomiques soient, parfois, de premier ordre ; si je souligne, enfin, que bien avant son principat (1927) Curnonsky avait écrit plus de 500 chroniques (non gastronomiques) dont certaines sont des chefs d’œuvre de fanatisé et d’humour délicat, articles que l’auteur a signés de dix pseudonymes différents, et dont il n’a jamais voulu publier ou laisser publier un choix… on devinera les zones d’ombre qui entourent la personnalité du prince des gastronomes.»

Que reste-t-il aujourd’hui du personnage et de toutes ses rencontres ? Sans que nous puissions imaginer l’inventaire des rencontres d’une vie, qui plus est, de journaliste, il nous faut rappeler, dans une énumération qui n’est pas exempte de surprises, que Curnonsky connut notamment Alphonse Allais, Georges Auriol, Jules Desbois, Marcel Proust, Rodolphe Bringer, Paul Verlaine, Émile Zola, Jean Moréas, Émile Goudeau, Claude Debussy, Colette, Willy, Paul-Jean Toulet, Jean Veber, Paul Masson, Hugues Rebell, Gabriel de Lautrec, Pierre Louys, Raoul Ponchon, Marcel Rouff, Pierre Mac Orlan, Charles Muller, Paul Reboux, Claude Farrère, Cami, Gaston Chéreau, Jean Giraudoux, Benjamin Rabier, Hansi [Jean-Jacques Waltz], Hugues Delorme, Prosper Montagné, Louis Forest, Austin de Croze, Maurice des Ombiaux, Grégoire [sculpteur], Loisel, Paul Robert, Forain, Henri Albert, Jean de Tinan, Louis Dumur, René Boislève, Paul Acker, Paul Fort, Henri Mazel, Gomez Carillo, Paul Valéry, Marcel Schwob…

LA VENTE PUBLIQUE
DU 6 OCTOBRE 2017

De fait, la vente d’une ancienne collection Curnonsky-Michel de Bry comme celle du 6 octobre 2017 ne peut réserver que de belles surprises. Tout d’abord, nous remarquons la réunion ici de 11 ouvrages écrits par Willy (lot n°2)… Notamment : Jeux de princes (s.d) ; La Mouche des croches (1894 ; envoi à Curnonsky) ; Soirées perdues (1894 ; envoi) ; Claudine s’en va (1903 ; envoi à Pierre Gheusi et avec une carte postale signée) ; En bombe (1904 ; envoi à Maurice Duhamel) ; Primprenette (1905 ; envoi à Curnonsky) ; Un Petit Vieux bien propre (1907 ; envoi) ; Ledos tapissier ([1919])… Avec les premiers ouvrages, on se trouve précisément au début de l’ascension de Curnonsky, dans ce Paris des lettres où il fera tant de rencontres. C’est aussi à cette époque qu’il écrit pour Willy en le laissant signer. Une question se pose alors : dans ce lot n°2, quels sont les titres de Willy pour lesquels Curnonsky aurait joué le rôle de nègre ? La question restera en suspens… De nombreux autres lots relèvent plus directement du travail de Curnonsky et pourraient servir aux historiens, de la presse et/ou de la gastronomie entre autres, afin de mieux cerner le personnage polygraphe de «Cur». Ces documents ont été étudiés par la biographe Inge Huber qui en a conçu plusieurs livres. C’est par exemple le cas d’un carnet de notes et d’un agenda autographes, lot n°9 (vers 1884 et 1922 ; in-16, demi-basane marron à coins, portemine en métal doré et in-12, basane souple acajou). Comme le note l’expert de cette vente : «Le carnet de notes qui porte l’indication “petit Carnet à Maurice Sailland, 1erjer [sic] 1884” contient principalement des citations littéraires. L’agenda, dont peu de pages sont restées vierges, indique principalement les déjeuners et dîners auxquels participa Curnonsky durant l’année 1922, avec des informations relatives aux autres convives et aux menus ; il contient aussi quelques notes diverses sur des spectacles, des voyages, des courses à effectuer, etc.On trouve dans un soufflet 4 photographies d’identité du gastronome. Quelques cahiers déreliés. La reliure de l’agenda est défraîchie».

(Lot 9) – CURNONSKY, Carnet de notes et agenda autographes 
Vers 1884 et 1922. In-16, demi-basane marron à coins, portemine en métal doré ; in-12, basane souple acajou. Anciennes collections Curnonsky (ex-libris gravé) et Michel de Bry (ex-libris gravé). Estimation 500 – 600 € – © ARTCURIAL

Dans ces archives, le moindre document apporte des informations. Comment les collectionneurs ne feraient-ils pas des trouvailles ? Celles de lettres autographes, de cartes postales avec écrits autographes, de photographies aussi… Intéressons-nous par exemple au lot n°10, trois carnets… «Réunion de 2 carnets d’adresses complétés par Curnonsky, le premier comprenant quelques notes diverses et une photographie originale du gastronome contrecollée en tête. Quelques cahiers déreliés au premier ; le second dérelié, avec le plat inférieur détaché et le plat supérieur et le dos manquants. On joint un carnet de notes autographes de Curnonsky contenant des listes de chefs et de sommeliers, et des notes diverses (petit in-12, moleskine souple noire)». Avec le lot suivant, lot 11, nous nous trouvons déjà dans un univers de collection Curnonsky : celui de ses cartes postales. Sa collection en réunit près de 550, certaines envoyées par des ami(e)s du journaliste…

(Lot 48) – NADAR : ensemble de photographies de Félix et Paul Nadar, et de documents relatifs à leur œuvre. Vers 1857-1956. In-12, in-8, in-4 et in-folio, en feuilles, brochés, reliés ou encadrés. Anciennes collections Curnonsky et Michel de Bry. Estimation 1 500 – 2 500 € – © ARTCURIAL

Pour rester dans l’univers iconographique, un ensemble de photographies Nadar assez exceptionnel constitue le lot n°48 : «un portrait carte de visite de Victor Hugo par Nadar, vers 1884 ; une épreuve de la célèbre photographie représentant Hugo sur son lit de mort, 1885 (tirage ovale ancien [18,8 x 24,3 cm] signé Nadar, avec au verso un cachet “Portraits P. Nadar” ; quelques accrocs et griffures) ; un portrait par Paul Nadar de Lucien Muratore dans le rôle de Faust, daté 1908 [38 x 29 cm] ; un portrait de Jean de Reszké dans le rôle de Siegfried, vers 1900 (tirage ovale [37 x 28 cm] signé P. Nadar ; sous verre, cadre décoré) ; 16 cartes postales illustrées de photographies d’actrices prises par la maison Nadar ; un exemplaire de Nadar jury au salon de 1857 (Librairie nouvelle, 1857 ; in-8 oblong, reliure de l’éditeur demi-chagrin brun) ; un exemplaire de Cinq essais nadariens de Georges Grimmer (1956 ; in-4° broché, tirage à 200 exemplaires) ; etc.»

Dans le Paris de la fin du XIXe, Curnonsky fréquente assidument Montmartre où il rencontre les personnages les plus en vue du moment, Toulouse Lautrec par exemple. Mais aussi Hansi, qui, poussé par la guerre, était venu à Paris où il s’était établi avec d’autres Alsaciens. Une petite Alsace avait ainsi vu le jour au pied de Montmartre.

De cette époque, nous retrouvons trois cartes postales… «Trois cartes et une lettre autographes signées du dessinateur et peintre alsacien Jean-Jacques Waltz, alias Hansi (1873-1951), à Curnonsky : “Lors de ce charmant dîner chez Roy Gourmet, que vous avez bien voulu présider, je vous avais parlé d’une grande ambition du charcutier auteur de la terrine de foie gras que l’on dégusta.

Voici ce dont il s’agit… M. Fincker veut offrir à ses clients une recette qu’on lui demande souvent : la recette de la véritable choucroute à l’Alsacienne, et il m’a chargé d’établir ce petit imprimé… […] Leur rêve serait d’orner cet imprimé d’une courte appréciation ou approbation du prince des Gastronomes !” (Colmar, 1er mars 1934). On joint un menu imprimé du dîner offert aux amis de Monsieur Hansi le 18 janvier 1935 à la Cigogne, à Paris, portant sur la première page une dédicace de Hansi à Curnonsky qui présidait cet événement (brunissures et manques marginaux) et une photographie représentant vraisemblablement l’artiste.»

Lancé dans le journalisme le plus polyvalent, avec un fort attrait pour la littérature (comme l’indiquent les ouvrages de sa bibliothèque et les liens d’amitié qu’il entretenait), Curnonsky s’oriente davantage vers la cuisine et la gastronomie à l’issue d’un voyage qu’il effectua en Extrême-Orient avec Paul-Jean Toulet en 1902. Le second élément déterminant sera le développement de l’automobile, la place qu’elle va prendre progressivement dans la société et dans la vie des hommes au début de ce XXe siècle… Avec comme double corollaire, le développement du tourisme et, parallèlement, celui de la gastronomie régionale.

AUTOMOBILE ET
GASTRONOMIE RÉGIONALE

Dès les premières années de ce siècle, Curnonsky signe des chroniques gastronomiques, de plus en plus nombreuses dans un nombre de revues de plus en plus large… Dans le Journal, Commedia, Ruy Blas, La Vie Parisienne etc. Et, dès mars 1902, il devient le conseiller des automobilistes sous le nom de Bibendum dans une chronique hebdomadaire Michelin. Le 15 avril 1910 paraît la revue mensuelle Bibendum, qui sera interrompue par la guerre de 14. Puis, dans l’entre-deux-guerres, Paris s’enflamma pour la cuisine et les bons repas. Une véritable passion collective pour la gastronomie et les banquets s’empara de la capitale. C’est au milieu de ces années 20 que Pierre Chapelle, à la tête de la revue Le Bon Gîte et la Bonne Table eut l’idée de l’élection d’un Prince des Gastronomes, puisqu’à l’époque il y avait déjà un Prince de l’Humour, un Prince des Chansonniers, un Prince de la Terreur, un Prince des Poètes et un Prince de la Nouvelle. Le 16 mai 1927, Curnonsky fut ainsi élu Prince des Gastronomes. L’alliance de la gastronomie et du tourisme sera scellée par l’inventaire que dressent Curnonsky et Austin de Croze dans le Trésor gastronomique de la France. Puis, événement mémorable pour les journalistes et les historiens de la presse : c’est en 1947, avec Madeleine Decure, que Curnonsky fonde la célèbre revue Cuisine et Vins de France. Avec une biographie de Curnonsky signée par Simon Arbellot, lot 15 de la vente du 6 octobre 2017 (Paris, Les Productions de Paris, 1965. In-8° broché, couverture illustrée) : «intéressante biographie de Curnonsky par l’un de ses plus proches amis. Exemplaire accompagné d’une carte postale autographe signée de l’auteur à Curnonsky [Malaga, 20 septembre 1954]», on découvre le numéro spécial que Cuisine et Vins de France consacra en octobre 1952 au Prince des gastronomes à l’occasion de ses 80 ans. De ses dîners et déjeuners, Curnonsky conserva les menus. Ils présentent un intérêt considérable à plus d’un titre. Leur graphisme, leur style, leur présentation, leur contenu et la cuisine proposée, etc. Les collectionneurs de ces documents sont servis par les lots 21, 22 et 23 dont le magnifique 23, un menu illustré par Paul Jouve. Se déroule ici également l’histoire des grandes tables parisiennes avec nombre de souvenirs. Le lot 28, par exemple, rétablit la mémoire d’un restaurant fondé en 1949 à Paris et disparu dans un incendie en 1977 : Le Mouton de Panurge. «Cet établissement parisien, dont les murs étaient décorés de scènes bachiques peintes par Albert Dubout, était le siège gastronomique officiel de l’Association des amis de Rabelais et de la Devinière. Il est resté célèbre pour ses dîners très festifs réunissant autour du mouton Panurge, la mascotte du restaurant, des célébrités telles que Jean Cocteau, Marcel Pagnol, Louis Armstrong, Mistinguett, Jean Marais, Lily Pons, Rita Hayworth, Orson Welles, etc. Cet ensemble comprend : de nombreuses photographies de dîners où apparaissent quelques-unes des personnalités citées précédemment ; des menus, des prospectus et une carte des vins, avec des illustrations de Dubout coloriées au pochoir ; des projets de menu, discours et notes ; des lettres reçues par Michel de Bry, l’éditeur officiel des menus et plaquettes du restaurant». La liste des restaurants où Curnonsky possédait sa table a été dressée et révisée par Gabriel Coudrais (voir Curnonsky et ses amis, publié par l’Association des amis de Curnonsky, Edgar Soète, 1979). Sans que nous puissions les citer tous, relevons la présence du Grand Vefour (R. Oliver, Paris Ier), de la Taverne de Nicolas Flamel (Salvi, Paris IIIe), de Drouant (J. Petit, Paris IIe), de Lipp (Cases, Paris VIe), de Lasserre (Lasserre, Paris VIIIe), de Le Taillevent (Vrinat, Paris VIIIe), de Chez Françoise (Turenne Rousseau, Aérogare des Invalides), de Prunier (Barnagaud, Paris Ier), du George Sand (Dorin, Paris XVIe),  de La Méditerranée (Paris VIe), etc.

D’ou l’intérêt des menus conservés par Curnonsky. Par ailleurs, l’importance de la gastronomie des provinces et des régions françaises aux yeux de Curnonsky ne peut faire l’ombre d’aucun doute, que ce soit dans ses chroniques ou dans ses livres : dès 1900, il publie La Route et l’Homme, puis de 1921 à 1926, La France Gastronomique avec Marce Rouff (27 volumes !), en 1933, Le Trésor gastronomique de la France [déjà cité], puis, avec Marcel Grancher, Lyon, capitale gastronomique de la France, en 1935. En 1938, un Atlas de la gastronomie française succède à l’Anthologie de la Gastronomie française, avec Gaston Derys, 1936. Revenant souvent sur ces tables en régions, il publie en 1953 Recettes des provinces de France. La correspondance avec Gaton Derys apparaît dans le lot 16. Mais le n°20 retient notre attention : des documents relatifs au restaurant Mélanie… «une auberge de Riec-sur-Bélon (Finistère) tenue par Mélanie Rouat dans laquelle Curnonsky avait séjourné durant la Seconde Guerre mondiale. Il comprend notamment : une photographie de la cuisinière en tenue traditionnelle, une lettre à l’en-tête du restaurant adressée à Curnonsky, des cartes postales représentant l’auberge et sa salle à un mur de laquelle est accroché un grand tableau de Maurice Asselin représentant le célèbre gastronome attablé à côté de Mélanie».

(Lot 59) – ACADÉMIE DU DISQUE FRANÇAIS. Important ensemble de documents relatifs à l’Académie du disque français. Vers 1950-1960. In-12, in-8 et in-4, en feuilles ou brochés. Ancienne collection Michel de Bry. Estimation 600 – 800 € – © ARTCURIAL

Avec Curnonsky, on retrouve le Paris d’avant-guerre, celui de la Belle époque, des Ballets russes, du théâtre de Sarah Bernhardt, des années folles, de la musique avec Honegger, Auric, l’Académie du disque Charles Cros etc. et toute la gastronomie française et l’histoire de l’alimentation au sens large – par exemple avec Alfred Gottschalk, Histoire de l’alimentation et de la gastronomie depuis la Préhistoire jusqu’à nos jours, 2 vol. (1948 ; envoi à Curnonsky), dans le lot 36 (Réunion de 27 ouvrages sur l’histoire de la cuisine et la gastronomie régionale française en 21 vol. et 7 plaquettes in-folio et in-8°, reliés), histoire encore avec Du luxe de Cléopâtre dans ses festins, avec Jules César, puis avec Marc-Antoine (1827) – dans le lot 37.

Aujourd’hui, les portraits de Curnonsky et les photographies où il apparaît le plus souvent traduisent mal la richesse de sa personnalité. Tout d’abord, il y a profusion de photographies tardives montrant un vieil homme, chapeau sur la tête, cigarette aux lèvres, canne à la main. On aimerait retrouver davantage de portraits du Curnonsky plus jeune.

Que la gastronomie se trouve toujours aujourd’hui en bonne place dans la culture et les traditions sociales en France, qui pourrait le nier ? En revanche, les clubs, associations, sociétés qui tournaient autour de la gastronomie, de la cuisine et des vins, furent beaucoup plus nombreuxs et plus actifs – sauf exception – depuis la fin XIXe jusque dans les premières années de l’après seconde guerre mondiale. Le travail, la passion de Curnonsky, en apporte un magnifique témoignage. Son souvenir, toujours très fort – pas seulement chez les journalistes gastronomes – se retrouve aujourd’hui chez les Amis de Curnonsky, dans une ville aussi, Angers, avec un musée éponyme, une place… et dans les nombreuses associations qu’il a fréquentées et qui continuent d’exister comme la Confrérie des Chevaliers du Tastevin.

Nous ne saurions terminer ici l’évocation de ce Prince des gastronomes sans une recette extraite de La France gastronomique, par Curnonsky et Marcel Rouff : Beignets d’acacia

«Ceuillez de belles fleurs d’acacia que vous faites mariner dans du sucre arrosé de kirsch. trempez ensuite ces fleurs dans une pâte à frire très légère et mettez à cuire dans une friture bien chaude. Servez en saupoudrant de sucre cristallisé.»

Frederik Reitz

  1. http://www.artcurial.com/fr/asp/searchresults.asp?pg=1&ps=18&st=D&sale_no=3277+++
  1. http://www.spiegel.de/einestages/curnonsky-a-948748.html

https://www.welt.de/lifestyle/article6973296/Curnonsky-Der-erste-Gastronomade.html

https://www.amazon.de/Curnonsky-oder-Geheimnis-Maurice-Edmond-Sailland/dp/3899104374

Rédacteur en chef du "Magazine du Bibliophile et de l'amateur de manuscrits et autographes".
Site Web : http://www.mag-bibliophile.fr

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