UMBERTO ECO, l’écrivain bibliophile est mort le 19 février 2016

Né à Alessandria, Alexandrie dans le Piémont (nord ouest de l’Italie) le 5 janvier 1932, Umberto Eco est décédé dans la nuit de vendredi 19 février à samedi, d’un cancer. Il avait 84 ans.

UMBERTO ECO (doc. ALAI)

UMBERTO ECO (doc. ALAI)

Principalement connu du grand public par son roman Au nom de la rose que Jean-Jacques Arnaud porta à l’écran avec, notamment, Sean Connery et Michaël Lonsdale, Umberto Eco dirigeait l’École supérieure des études humanistes – Scuola Superiore di Studi Umanistici, Université de Bologne.

Très grand amoureux des livres, bibliophile passionné, il parrainait le syndicat de la librairie ancienne d’Italie, l’ALAI (voir le numéro du Magazine du Bibliophile n°122-123) et était aussi bien connu de nombreux libraires en France, venant régulièrement au Salon du livre ancien de Paris. Et celui qui critiquait et mettait en garde contre l’excès d’informations qui circulaient dans notre société possédait deux grandes bibliothèques. La première dans son appartement de Milan compte près de 30 000 volumes installés sur les rayonnages d’un couloir de 17 mètres de long. Quant à la seconde, installée dans sa maison de vacances près de Rimini, elle en réunit environ 20 000, selon les informations de son propre site – www.umberto.com.

Le nom d’Umberto Eco est déjà une grande histoire. ECO est le nom qu’un prêtre jésuite donna à son grand-père qui fut un enfant trouvé. C’était une tradition remontant au moyen-âge. Eco signifie « Ex Coelis Oblatus », ou « don du ciel », « cadeau du ciel ». La formation initiale d’Umberto Eco partie d’un enseignement catholique l’amena à la philosophie de Saint Thomas d’Aquin. Il se détacha par la suite du christianisme sans abonner son intérêt pour le moyen-âge. Après sa thèse sur Saint Thomas, il s’intéressa aux médias et aux signes, devenant «sémiologue», «sémanticien», celui qui donne du sens à tout signe, selon la définition de Barthes.

Ses livres couvrent toute l’histoire de l’occident littéraire, et pas seulement. Mais bien évidemment Platon est là, Kant aussi, et tous les auteurs de la Renaissance italienne, et puis Joyce aussi… Jusqu’à Sylvie de Gérard de Nerval que l’on sait être un de ses livres préférés sinon «son livre préféré». Ce qui me touche aussi personnellement était, parallèlement à ses passions bibliophiles et philosophiques, son intérêt pour la musique. Depuis l’enfance, il jouait de la flûte à bec et il en jouera jusqu’à la fin de sa vie. Alors rien d’étonnant à ce que figurent parmi ses plus grands amis Boulez, Stockhausen, Berio…

Comme celle de nombreux universitaires, la carrière d’Umberto Eco  n’a pas été aussi facile que l’on pourrait l’imaginer. D’abord, son intérêt pour les médias et le fait qu’il travaille au début pour la télévision italienne ne lui a pas facilité l’attribution d’un poste. Mais ce qui a été vraiment déclencheur est le succès d’Au nom de la rose. Un éditeur lui avait proposé d’écrire un roman policier, et il n’était pas très favorable au projet – sauf dans un cadre médiéval. Bien lui en prit. Le succès fut immédiat dès la parution. L’ouvrage a été traduit dans une quarantaine de langues – ce qui, au passage, a relancé les problématiques de la traduction chères à Eco. On sait d’ailleurs que deux éditions ont été publiées d’Au Nom de la rose en français (nous avons présentée la seconde dans Le Magazine du Bibliophile).

Au nom de la rose n’a pas seulement été le succès d’un roman et d’un auteur. C’est une pierre importante de l’histoire littéraire contemporaine, car il a déclenché une vague de romans historiques médiévaux et une passion pour les intrigues du moyen-âge. Une rétrospective pourrait aujourd’hui être dressée de cette influence et de cette mode du roman historique qui, d’une certaine manière, a abouti et a été relancé par le Da Vinci Code.

Avec Umberto Eco disparaît un grand bibliophile mais aussi un vrai chercheur, personnage héritier de la Renaissance, Pic de la Mirandole de notre siècle, un homme simple, plein d’humour et de simplicité.

Rédacteur en chef du "Magazine du Bibliophile et de l'amateur de manuscrits et autographes".
Site Web : http://www.mag-bibliophile.fr

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