Thierry Grillet, directeur des Activités culturelles de la BnF : « Pour les bibliophiles, une exposition, c’est aussi la lubie d’un collectionneur… »

  • Le Magazine du Bibliophile: le catalogue Gallica et à la bibliothèque numérique des livres anciens réimprimés par la BnF en partenariat avec Hachette se positionnent comment par rapport à la librairie ancienne ?

 

  • Thierry Grillet : Gallica existe au moins pour deux raisons. D’abord, nous devons nous adapter aux moyens techniques de communication et d’informations contemporains. Le public cherche son information sur le web, qui est un fantastique média susceptible de mieux faire connaître l’étendue et la diversité du fonds de la BnF. Je signale ainsi qu’il est loisible à tout amateur d’interroger, sur le site de la BnF, l’exceptionnelle base des reliures, réalisée par un des plus grands de la Réserve des livres rares. Cette base de reliures donne l’occasion d’une découverte des trésors les plus précieux de l’histoire du livre.

    Mais surtout, la découverte du livre ancien par le numérique, via les sites spécialisés du Web, les réseaux sociaux, les associations comme l’AIB (Association Internationale de Bibliophilie) ou l’AaBnF (Association des amis de la BnF), est un élément de promotion dynamique pour chaque libraire de livres anciens. L’AaBnF, par exemple, a constitué un vaste réseau d’amateurs éclairés de livres anciens, qui se tiennent régulièrement informés des événements – expositions, visites, voyages, conférences ou colloques d’experts.

    J’ajoute qu’en 2010, Hubert Heilbronn, président d’honneur des Amis de la BnF, a créé le Prix de la Restauration des manuscrits et livres anciens, doté d’un montant de 10 000 €, décerné chaque année en alternance avec le Prix pour la Reliure. Là encore, le libraire de livres anciens a un rôle fondamental à jouer, car il connaît bien les réseaux de ces artisans et travaille avec eux. Son action en faveur de la mise en valeur des métiers du livre ne peut donc lui être, en retour, que bénéfique, car elle lui assure non seulement une notoriété au cœur même du monde de la bibliophilie en France, la BnF, mais aussi des contacts permanents de nature à mieux faire connaître les spécificités et les raretés de ses collections et de celles de ses collègues.

 

  • Le Magazine du Bibliophile: quelles sont les orientations futures de la BnF, en termes d’expositions de livres anciens ?

  • Thierry Grillet : il s’agit avant tout, pour nous, de présenter ces expositions de livres anciens dans un cadre savant et institutionnel, comme celui de la Bibliothèque de l’Arsenal, avec des interventions de conférenciers experts. C’est ainsi que nous avons inauguré récemment, ce que l’on pourrait appeler une « collection » d’expositions, qui devrait couvrir, dans un premier temps, une période de cinq ans, autour des « collectionneurs de livres anciens ».

    Ainsi, chaque exposition fait apparaître une personnalité, dont le portrait se laisse deviner subtilement dans le profil de collection. Comme celui de Pierre Bergé, homme de très haute culture, sophistiqué et secret, comme sa collection où l’on pouvait contempler en décembre 2013, rareté entre mille autres, les neufs cahiers in-folio de Poésies de Mallarmé, édités par la Revue indépendante en 1887 et tirés à 47 exemplaires sur Japon dont 7 hors commerces. Chaque exposition raconte l’histoire de la constitution d’une collection qui ne procède jamais par le hasard, mais selon un plan, même très personnel, d’acquisitions raisonnées.

 

  • Le Magazine du Bibliophile : quel est le public actuel de ces expositions ?
  • Thierry Grillet : le public, de tous âges et de toutes origines, s’enrichit de plus en plus en groupes scolaires et universitaires, sensibilisés à la reliure et à la typographie. C’est toute l’histoire du livre qui apparaît dans ces expositions. Un secteur de l’histoire générale des arts qui peine encore à devenir un élément du patrimoine culturel public. Les jeunes générations sont intriguées par cette dimension du livre qui est, en partie, invisible pour les usagers ordinaires de la lecture : art de la reliure, soin apporté à la typographie – qui est une région des arts du livre -, illustrations, etc. Afin de satisfaire ces attentes et ces curiosités, la Bibliothèque de l’Arsenal est devenue la « Maison des métiers du livre » et non un simple musée. Par ailleurs, nous programmons, depuis une dizaine d’années, des conférences qui rassemblent le meilleur des experts du monde et de l’histoire du livre, dans une série programmée chaque année, les Conférences Léopold Delisle, sous le mécénat d’Henri Schiller. La dernière série, qui fait l’objet aujourd’hui d’une publication, a été consacrée au « faux dans le livre ancien ». sujet d’actualité, s’il en est…

Propos recueillis par Etienne Crosnier

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