Sociologie culturelle : les domaines d’un catalogue et d’une librairie de livres anciens (I)

Les domaines du livre ancien – histoire, guerres, voyages, gastronomie etc. – représentent un champ de recherches peu exploité jusqu’à présent, mais dont l’intérêt pourrait déboucher sur un tableau des «cultures» du livre ancien, de leur évolution ainsi que sur l’évolution des pratiques culturelles dans l’univers du livre ancien. Car, pour suivre, entre autres, Umberto Eco dans ce sens (lire : Vertige de la liste, Umberto Eco, Paris 2009, Flammarion), toute liste, tout classement est signifiant, et pas seulement… (il peut être aussi poétique, la célèbre liste de Prévert en est un bon exemple). Le classement des livres en librairie n’est pas nécessairement celui des catalogues ni même celui des bibliothèques. Pourtant…

Qu’il s’agisse d’une librairie de livres neufs comme une Fnac, par exemple, qu’il s’agisse d’un magasin Cultura ou même d’un «Centre culturel» Leclerc, le visiteur (et client potentiel) est guidé dans son parcours par un ordre, un classement qui lui est indiqué (panneaux, affiches ou affichettes etc.). Cette répartition des ouvrages proposés indique clairement les domaines sur lesquels va être présente l’offre de la librairie : régionalisme, guerres mondiales, ésotérisme… Nous trouvons ici les champs ou centres d’intérêt d’une clientèle visée mais aussi d’une clientèle d’habitués.

Cette organisation à étudier de près est le reflet d’une certaine représentation et organisation des intérêts culturels d’aujourd’hui (et pas seulement le reflet d’une offre marketing ni d’un outil marketing permettant aux intéressés de mieux se repérer, de gagner du temps pour «trouver» ce qu’ils cherchent et ne cherchent pas). Et, ce qui va faire surgir du sens sera d’établir le lien et les différences qui peuvent exister entre ces librairies de livres neufs et les librairies de livres anciens quant à leur organisation et classement de domaines.

Si on met de côté, pour ces dernières, les librairies spécialisées (nous reviendrons plus tard sur celles-ci), par exemple dans le domaine de la montagne, celui du théâtre ou celui du régionalisme, et si nous nous intéressons aux librairies de livres anciens dites généralistes, alors nous nous retrouvons devant des organisations qui répartissent et définissent les domaines proposés… Et là : suprise. Nous découvrons souvent des organisations sinon identiques, du moins très proches des organisations de domaines existant dans les librairies de livres neufs…

Voilà pour une première direction qu’une observation rigoureuse affinera. Néanmoins, on peut d’ores et déjà affirmer que de nombreux bouquinistes ne se montrent pas du tout originaux ou ne tiennent pas à l’être dans leurs rangements et classements de livres. A tel point, parfois, que l’on découvre très facilement des titres présents en librairies de neuf et présents aussi chez eux.

Les prémisses de cette enquête initiée sur les domaines du livre ancien d’après les rangements et classements des livres dans les libraires et dans les catalogues sont ainsi posées.

Notre objectif : une tentative de définition-réprésentation du public de la librairie ancienne à partir de ses champs d’intérêt. Comment pourrait se définir l’intérêt culturel d’un bibliophile ou plus simplement l’intérêt pour les livres anciens répond à quels intérêts culturels ? (le concept de «culture» est utilisé ici dans un sens sociologique).

G. d’A., le 27 janvier 2014

(à suivre)

 

http://archeologue.over-blog.com/article-eco-au-louvre-vertige-de-la-liste-enumerations-catalogue-etc–41096145.html

 

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