Scriptorium d’Albi : le succès d’une librairie nouvelle, au concept très défini

Si Albi (Tarn) comptait parmi ses commerçants un bouquiniste – Denis Barbaste – dans les années 80-90 et jusqu’au début de la décennie 2000, cette magnifique commune d’un peu moins de 50000 habitants (mais du double pour l’ensemble de l’agglomération) ne possédait plus – à notre connaissance – de véritable libraire d’ancien il y a maintenant un an et demi… jusqu’à l’ouverture du Scriptorium. Il y avait bien, et il y a toujours, le marché aux Puces du samedi matin, sur lequel on retrouve régulièrement Jean-Paul Lopez, installé sans boutique à Gaillac (25 km d’Albi), ainsi que Julien Baudoin, lui aussi sans boutique, mais avec du stock et sur Internet, à Sénouillac (20 km d’Albi). Un autre bouquiniste, en dehors de celui que nous avons mentionné en tête, a suspendu son activité à Albi il y a deux ans : il s’agit d’Alinéa, qui a travaillé pendant une dizaine d’années à Montolieu, puis six-sept ans chez lui. Enfin, Lorraine Manueco, qui a commencé il y a vingt ans et possédait une boutique à Castres, a déplacé ses activités en août dernier et se trouve aujourd’hui à Aussillon, tout près de Mazamet – mais sans magasin. Elle se consacre désormais à la vente en ligne et aux marchés, mais ambitionne de revenir prochainement à la vente sur rendez-vous.

Dans ce paysage de la librairie et de la bouquinerie très clairsemé dans le Tarn, et plus encore en son chef-lieu, Albi, une étude de marché ne pouvait aboutir rapidement qu’à une conclusion pleine de promesses… C’est précisément ce qui a achevé de déterminer Gilles Lejeune à ouvrir le Scriptorium. « Je connaissais Albi depuis longtemps, depuis la fin des années 1970, confie-t-il. Cette ville possède un patrimoine d’une incroyable richesse dont la Cité épiscopale qui a été ajoutée à la liste du Patrimoine mondial de l’Unesco en juillet 2010, et qui comprend, entre autres, le palais de la Berbie abritant le fabuleux musée Toulouse Lautrec et la cathédrale Saintre-Cécile. Et il y a ici un décalage entre la richesse patrimoniale et l’offre culturelle. Le musée Toulouse-Lautrec est l’un des plus grands de France… Enfin, Albi est une ville agréable. » Autrement dit, plus d’une raison l’ont conduit à ouvrir cette librairie…

Pas seulement un certain vide en librairie ancienne constaté localement. Ainsi, il y a deux ans et demi, Gilles Lejeune inaugurait pleinement son troisième métier, libraire, après avoir été enseignant au départ, puis responsable de coopération culturelle et conseiller de direction d’université. Pour réussir, il n’a rien laissé au hasard dans la préparation et la réalisation du concept de librairie auquel il tenait. Le Scriptorium propose ainsi des ouvrages très sélectionnés dont la fourchette de prix va de 100 euros pour atteindre au plus haut parfois 10000.

De fait, actuellement, Gilles Lejeune propose moins de 200 ouvrages à la vente, mais il justifie ce nombre limite… « Je ne peux en mettre plus de 200 sur mes rayonnages. Je ne travaille pas avec de petits ouvrages qui pourraient, certes, m’apporter des revenus plus réguliers… Mes ouvrages sont présentés dans des bibliothèques vitrés, exposés comme dans un musée avec des fiches sur lesquelles on peut lire un descriptif précis et l’indication de prix. Il s’agit d’un concept bien différent de ce qui existe le plus souvent. C’est une librairie de luxe, imaginée un peu comme une bijouterie. Les livres ne sont pas présentés de dos… mais sur des lutrins, en bois, en plastique, en fer. Et les clients, très exigeants, sont ravis de ce qu’ils voient. S’ils désirent voir un livre de près, ils me le demandent. »

Le livre est ici très valorisé par sa présentation.  Par une forme de sacralisation, penserait-on  ? Sans doute, puisque l’enseigne nous reporte aux temps des copies médiévales… « J’ai essayé de trouver une dénomination commerciale qui fasse référence… Avec le Scriptorium, référence est faite à l’évêché puis l’archevêché. Mais c’est aussi un terme transparent dans d’autres langues, en particulier en anglais. Comme vous le remarquerez, la façade de notre magasin est l’une des seules d’Albi en bilingue. J’ai par ailleurs remercié Matthieu Desachy de m’avoir permis d’utiliser ce titre, puisqu’il s’agit également de celui d’un ouvrage qu’il a dirigé et publié à Rodez en 2007 aux éditions du Rouergue (avec, en sous-titre… “manuscrits de la cathédrale Sainte-Cécile (VIIe-XIIe siècles”). »

Pourtant Gilles Lejeune ne se suffit d’une simple boutique. Il est convaincu de la nécessité d’asseoir une activité de librairie ancienne sur ce que l’on appelle la vente multimodale, autrement dit sur des salons et marchés, en librairie, avec des catalogues papier et sur Internet… C’est pourquoi, sans qu’il soit nécessaire d’emprunter des chemins albigeois, il est aussi possible de découvrir le Scriptorium sur le Net  (http://www.scriptorium-albi.fr/) avec un extrait vidéo d’une émission Des Racines et des ailes.

Parmi les ouvrages actuellement disponibles dans le Scriptorium, nous remarquons Paysages parisiens. Heures et saisons, par Emile Goudeau, Paris, imprimé pour Henri Béraldi, grand in-8°, 1892  : E. O., tir. lim. 138 ex. sur papier vélin du Marais (n°52), illustré par Auguste Lepère (1849-1918) de cinq eaux-fortes et de nombreuses gravures sur bois d’une très grande finesse.

L’exemplaire est enrichi d’un second état avec la lettre des eaux-fortes tiré sur vergé de Hollande ainsi que la rarissime suite de tous les bois à l’état de fumés tirée sur chine, suite signée par Lepère sur la première épreuve, et dont seuls deux exemplaires sont connus (celle de Béraldi et celle-ci). Enfin, la reliure mosaïquée doublée de ce superbe ouvrage est de Marius Michel. Dos de la chemise et étui frottés. Provenance : de la bibliothèque de Jean Borderel (lot n°108, vente Borderel des 21-24 février 1938), avec son supra ex-libris sur le second contre-plat, l’un des très grands collectionneurs sous la IIIe République. Mais il ne s’agit là que d’un exemple…

Le Scriptorium d’Albi
3-5, place de l’Archevêché
81000 Albi
Tél. : 05 67 67 46 33 et : 06 04 51 14 09
Courriel : librairie@scriptorium-albi.fr

Retrouvez cet article en intégralité dans le n°104 du Magazine du Bibliophile


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