Les Unica de Jean-Étienne Huret, une collection exceptionnelle de pièces « uniques »

Nous avons consacré quatre pages aux Unica de Jean-Étienne Huret dans notre numéro 124-125 (entretien réalisé par Jean-Luc Buard, p. 38 sqq.) : une collection exceptionnelle de pièces et documents « uniques ».

Mais de quoi s’agit-il ? Et quelle définition retenir de l’Unicum ?

Jean-Étienne Huret : «Jean-Claude Garreta définit l’Unicum dans le Dictionnaire encyclopédique du livre (tome 3, Cercle de la Librairie, 2011, p. 920) comme “l’unique exemplaire conservé d’une édition unique” et le différencie d’un exemplaire unique. “Par exemple, un volume annoté par l’auteur ou truffé de documents, avec des aquarelles originales, etc. n’est pas un unicum”. Pourtant, ce n’est pas dans ce sens que je l’emploie ici, d’autant qu’aux livres rares s’ajoutent estampes, autographes et dessins. Je désire simplement attirer l’attention des bibliophiles sur des pièces exceptionnelles et uniques, allant de simples curiosités à l’authentique unicum. J’espère qu’on me pardonnera cette extension.

Pour organiser ce catalogue, j’ai beaucoup hésité et j’ai finalement choisi un classement par ordre alphabétique  d’auteurs, et une abondante iconographie en couleurs. 120 pièces sont proposées qui ont été réunies au fil des années. Et seulement une trentaine ont été présentées au Salon international du livre rare au Grand Palais. Les autres sont immédiatement accessibles sur demande.»

Depuis que j’ai créé la librairie, il y a plus de quarante ans, il m’est arrivé de trouver, de temps en temps, des pièces uniques. À chaque fois, cela m’étonne, me touche et me fait plaisir. Je ne sais pas pourquoi cette année j’ai trouvé amusant de les réunir dans un catalogue. Peut-être parce que cela n’avait jamais été fait.

Je vous les cite dans l’ordre chronologique :
Les titres de propriété d’un immeuble situé au 4, rue de Castiglione, mis en vente en 1859, contant l’histoire du bâtiment depuis la vente du terrain nu en 1817, comme bien national, pour construire un immeuble dont les arcades prolongent celles de la rue de Rivoli, entre les Tuileries et la place Vendôme ;

L’Arménie de Tchobanian (1897), un des 5 japon impérial, n’est pas un unicum, mais, selon moi, il est exceptionnel, car il comporte un envoi à Anatole France dont le premier engagement politique ne concerne pas l’affaire Dreyfus mais le génocide arménien qu’il dénonce dès 1897 ;

– Le manuscrit de L’Aube fraternelle d’Émile Moselly, annoté par Charles Péguy au crayon bleu, pour les Cahiers de la Quinzaine (1902), enrichi des lettres reçues de l’auteur ;

Un carnet de dessins de Ray Bret-Koch, datés entre 1914 et 1917, contenant un portrait de Raymond Radiguet, son condisciple en 1917 ;

Quatre cahiers de cours de philosophie de l’élève L. Tarassof (bac philo, année scolaire 1929-30), qui deviendra célèbre sous le nom d’Henri Troyat en 1936. Il avait comme professeur « un homme admirable », Dreyfus-Lefoyer (Un si long chemin, Stock, 1976, p. 56) ;

La Condition humaine (1933) d’André Malraux revêtu d’une couverture inconnue, même des éditions Gallimard que j’ai interrogées. Il importe de savoir que l’auteur était alors directeur artistique chez l’éditeur pour apprécier cette singularité ignorée des bibliographes ;

Le jeu d’épreuves de la réédition de La Bataille de Claude Farrère en 1945 ;

Le passeport de Claude Tarnaud (1946), surchargé de manière «surréaliste ».

– Le manuscrit de la postface de Montherlant pour Le Maître de Santiago (1947), avec de précieuses variantes ;

– Le manuscrit corrigé d’un poème d’André Maurois à la gloire de Calvet, restaurateur du boulevard Saint-Germain fréquenté par les écrivains des années 1950, membres des deux Académies (française et Goncourt) ;

La maquette, avec 28 gouaches originales de J.-P. Rémon, du livre de Colette, Le Blé en herbe (1954) ;

Quatre dossiers documentaires pour un projet de série dramatique à la télévision américaine, Kiki deMontparnasse (1980-81) ;

la totalité des 92 bois gravés par Macha Poynder ayant servià illustrer La Punaise de Maïakovski (éditions ILM, 1985)…

Vous voyez que le choix est varié.

Cinq pièces m’ont particulièrement marqué…

– André Maurois. La dactylographie d’une partie de sa correspondance (289 pp.) et du journal de sa belle-mère, Jeanne Pouquet (471 pp.).
En 1940, André Maurois arrive à Londres comme officier de liaison. Sa mission est de permettre aux soldats des deux nations de se connaître et de s’apprécier. Après la défaite, De Gaulle lui propose de se joindre à lui. L’écrivain décline l’offreet reste fidèle au Maréchal Pétain, à qui il doit son élection à l’Académie. Convaincu que l’Angleterre remportera la guerre, il va retrouver sa femme, invitée par des amis aux États-Unis. C’est ainsi que commence l’exil à New-York, qui durera jusqu’en 1945 pour Simone et 1946 pour lui. Toujours fidèle à Pétain, malgré la confiscation de ses biens par Vichy, Maurois refuse de faire partie du groupe «Forever French» et sera persécuté par Henry Bernstein (appelé Honry dans les lettres) à cause de ses positions politiques. Des livres ont été consacrés à la coexistence souvent difficile entre Français pétainistes et gaullistes. Mais il manque à ces ouvrages, si bons soient-ils, le côté vécu, et donc touchant, parfois poignant, de la vie quotidienne.

Les archives de la revue Supérieur inconnu créée et animée par Sarane Alexandrian de 1997 à 2001 : 20 dossiers, quelque 1 800 pièces ! Parce que c’est un ensemble unique sur le surréalisme et qu’Alexandrian a eu « la confiance particulière et l’affection d’André Breton ».

Les 51 gouaches originales pour les couvertures en couleurs des romans de Gustave Aimard, parus de 1907 à 1912, dans la collection « Le Livre populaire » de Fayard, dessinées par Georges Conrad. Elles donnent une excellente idée de l’image de l’Indien d’Amérique dans l’imaginaire européen du début du XXe siècle.

Les maquettes de Paul Bonet pour des livres de la collection des cartonnages NRF chez Gallimard qui, bien que prévus, n’ont jamais été édités.

L’à-plat de la couverture en percaline, gravée par Auguste Souze, pourLe Vingtième siècle d’Albert Robida, un tirage d’essai permettan td’apprécier l’effet « triple face » dec ette couverture dont l’illustration se déploie sur les trois côtés du livre, sans la rupture des mors de la reliure. Cet essai n’a jamais été monté en reliure et se trouve dans un état véritablement « fleur de coin ». Un dernier mot : ces pièces coûteraient-elles une fortune ? Oui et non, comme on pourra le voir sur le catalogue, il y en a pour tous les goûts comme pour toutes les bourses.

 

• Suite à cet article, de nombreux lecteurs nous ont demandé les coordonnées de la librairie Huret.
Les voici :

9 rue de la Pompe,
75116 Paris.
Tél. : 01 40 50 15 40.

 

 

Ce profil est utilisé par divers membres de la rédaction du Magazine du Bibliophile (auteurs, secrétaires de rédaction).
Site Web : http://www.mag-bibliophile.fr

Soumettre un commentaire

Vous devez vous connecter pour soumettre un commentaire.