Les codex mayas annoncent-ils la fin du monde pour 2012 ?

Quelques ésotéristes et journalistes en quête de sensationnalisme se sont réclamés d’une interprétation tendancieuse du calendrier des Mayas pour affirmer que ces derniers avaient prédit la disparition du monde au terme de l’année 2012. Chimères apocalyptiques qui, cependant, reposent sur d’incontestables savoirs.

À proprement parler, non ! Sans doute les calendriers présentés dans ces codex étaient-ils destinés à la divination et à la prédiction. À l’époque coloniale encore, les Mayas les consultaient pour dire l’avenir. Cependant, ils n’offrent rien de mystérieux ni d’hermétique (pas plus que leurs homologues aztèques). Pas de sens caché. Pour les prêtres qui en avaient la garde, leur lecture était aisée. Ils avaient reçu une formation qui leur permettait de comprendre signes et symboles et de les interpréter à l’intention des fidèles. La divination était une pratique qui s ’insérait naturellement dans leur conception du monde. Aujourd’hui, même si de nombreuses inconnues persistent, nous savons déchiffrer les livres qui nous sont parvenus. Mais rien sur la fin du monde. Il est intéressant de connaître ce qui a donné naissance à ces croyances, sans toutefois les autoriser. En l’occurrence, il s’agit de revenir sur la cosmogénèse et le comput propres aux peuples de l’Amérique moyenne.

La relation au temps des Mayas… et des Aztèques

Nous nous référerons aux Mayas, mais aussi aux Aztèques sur lesquels notre documentation est plus riche et plus détaillée. Identiques sur de nombreux points, ces cultures ont reçu le même héritage des civilisations qui se sont succédé au Mexique : olmèque, de Teotihuacan, de Tula. En fait, elles participent d’un même univers mental. Nous sommes donc fondés à penser qu’en la matière leurs croyances et leurs pratiques étaient similaires.

Le concept de temps préoccupait les peuples mésoaméricains. Sans doute étaient-ils mus par le souci d’inscrire leurs vies et leurs actes dans la durée. Afin de célébrer des moments importants, comme la fin d’un Katun (période de 7 200 jours), les Mayas érigeaient des stèles où étaient gravés la date de l’événement et le nom du souverain régnant au même moment. Les Aztèques relataient la chronologie de leurs souverains et de leurs conquêtes dans des annales qui faisaient l’objet d’un enseignement dans les collèges formant l’ensemble des jeunes gens et, en particulier, les futurs dirigeants.

Les deux peuples avaient le sentiment que toutes choses étaient liées et que, dans ce monde solidaire, tout faisait sens. Ils développèrent ainsi un mode de pensée symbolique extrêmement structuré, selon lequel tout ce qui se passait dans l’univers était signe qui les concernait et qu’il leur appartenait de déchiffrer. En particulier, ils pensaient que les astres déterminaient leurs destins. La même configuration se reproduisant cycliquement, des événements semblables devaient revenir inéluctablement.

Toutefois, cette vision, où les symboles occupent la place que tiennent chez nous les concepts, laisse subsister une certaine liberté. Les symboles se manient. L’observation des astres permet aux hommes de prévoir l’avenir afin de le maîtriser, autant qu’il est en eux. Ces deux notions opposées – d’une fatalité inscrite dans les choses et de la possibilité de la connaître et de la combattre – constituent la ligne directrice de la pensée mésoaméricaine dans ses rapports avec le monde, le temps, la mort.

La nature cyclique du temps rendait possible la prédiction. Les événements à venir étaient, en quelque sorte, annoncés par les événements passés. Si nous savons que, pour les Mayas, la période que nous vivons est une ère qui succède à plusieurs autres, nous ignorons leur conception du passé. Sans doute était-elle semblable à celle que nous a transmise le mythe aztèque que nous appelons La Légende des Soleils et qu’illustre magnifiquement le fameux Calendrier aztèque. Selon ce récit, le monde avait connu quatre âges, appelés Soleils. Chacun s’était achevé sur un cataclysme : au terme du premier, des fauves avaient dévoré les humains ; un vent violent amena la fin du second, tandis que les hommes étaient transformés en singes ; le troisième Soleil se termina sous une pluie de feu ; un déluge anéantit le quatrième. Nous vivons le cinquième âge ou cinquième Soleil : après un terrible séisme, le monde disparaîtra une nouvelle fois…

Retrouvez cet article en intégralité dans le n°101 du Magazine du Bibliophile


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