La Police ou « l’art de procurer une vie commode et tranquille »

À L’OCCASION DE L’EXPOSITION DE DOCUMENTS, MANUSCRITS ET AUTOGRAPHES, DES ARCHIVES ET DU MUSÉE DE LA PRÉFECTURE DE POLICE DE PARIS RÉALISÉE DANS LE CADRE DU SALON 2015 DU LIVRE RARE, BERTRAND GALIMARD-FLAVIGNY RETRACE ICI UNE PARTIE DE L’HISTOIRE ET DES FONCTIONS DE LA POLICE… PARCOURS BIBLIOPHILE.

Flagrant délitDurant la période médiévale, le bourgeois pouvait se sentir rassuré, il entendait, calfeutré dans sa chambre, ce cri, désormais célèbre : « Le guet veille ! Il est minuit, bonnes gens ! Dormez, le guet veille ! » Les milices mandatées par les confréries et les artisans faisaient leur ronde dans les rues, venelles et fonds de cours de la capitale. Ils n’étaient guère discrets, ces représentants de l’ordre; leur pique ou colichemarde, battant le bas de leur cotte de maille, cliquetait et avertissait les malandrins de leurs passages. La pègre et autres habitants de la cour des Miracles n’avaient pas grand-chose à craindre des vaillants gardes de la nuit, d’autant plus qu’ils n’étaient guère nombreux.

La plus ancienne ordonnance royale concernant la police à Paris date de 1254, sous Louis IX. Elle décrit un corps des chevaliers du guet chargé de surveiller la ville de nuit, comportant quarante sergents à pied et vingt hommes d’armes à cheval. Il leur arrivait pourtant de cueillir quelques malfrats ou ivrognes qu’ils remettaient entre les mains du prévôt du Roy ou de l’un de ses gens d’armes. En souvenir d’eux, nous chantons encore : « Qu’est-ce qui passe ici si tard? / Compagnons de la Marjolaine / Qu’est-ce qui passe ici si tard / Gai, gai, dessus le quai ? C’est le chevalier du guet…»

La police après tout, ne suscite l’intérêt de l’amateur que pour l’étude des crimes. Rien de mieux que de consulter les Édits pour les matières criminelles. Aux recueils d’arrêts notables, comme, par exemple, Les Plaidoyers et Actions graves et éloquentes de plusieurs avocats du Barreau de Bordeaux, et arrêts sur ce intervenus (Bordeaux, 1616, in-4°) ont succédé Les Causes célèbres et intéressantes, réunions d’histoires judiciaires qui avaient défrayé la chronique et qui devaient servir à quelques auteurs pour composer romans et nouvelles. L’Histoire de Martin Guerre en est le meilleur exemple.

Le récit de cette affaire de substitution parut la première fois dans un recueil d’arrêts du Parlement de Toulouse en 1560. On la retrouve dans Les Causes célèbres de Gayot de Pitaval (1738-1750, 20 vol. in-12) puis dans celles, plus connues, de Delessert (1773-1789, 98 vol. in-12). Un amateur de l’histoire de la police y trouverait son compte, et plus encore dans les Annales du crime et de l’innocence, ou choix de causes célèbres et modernes, réduites aux faits historiques par R. et P. (P. 1813, 20 part. in-12). Ces initiales correspondent à Roussel et Plancher. Ce dernier, de son vrai nom Philippe-Louis de Valcour (1721-1815) était auteur dramatique et comédien. Ses Annales ont largement supplanté les quelque cent pièces de théâtre qu’il a composées.

Si l’on veut tout connaître de l’histoire de la police et de son évolution, il suffit de consulter Le Traité de la Police, où l’on trouvera l’histoire de son établissement, les fonctions et les prérogatives de ses magistrats, toutes les loix et tous les règlemens qui la concernent. Cet ouvrage fut publié successivement en 1705 et en 1710, chez Jean & Pierre Cot et Michel Brunet. Il est signé par Nicolas de La Mare (1639-1723), alors commissaire au Châtelet et surtout homme de confiance de Nicolas de La Reynie (1625-1709), le premier lieutenant général de police de Paris. Il rédigea ce traité à l’initiative de Guillaume de Lamoignon (1693-1772), premier président à mortier du Parlement de Paris, avant de devenir plus tard en 1750, Chancelier de France. Pour ce faire, La Reynie lui ouvrit ses archives et il eut accès à la bibliothèque de Colbert. La Mare était en effet un homme zélé. Il fit démolir le temple protestant de Charenton, après la Révocation de l’édit de Nantes.

Retrouvez cet article en intégralité dans le n°117-118 du Magazine du Bibliophile


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