Floraison d’œuvres en français au Moyen Age

Une exposition, organisée en avril à New York puis en mai à Paris, présente un ensemble exceptionnel de seize manuscrits rédigés en français entre 1300 et 1550. Ouvrages d’une grande rareté, écrits en prose ou en vers, ces codex, pour la plupart enluminés, révèlent la place souvent méconnue de la femme dans la littérature et la société médiévale… Femme lectrice, écrivain et… bibliophile.

Livre en français au Moyen AgeLe sous-titre reprend une citation de Jean de Meun, qui, avec Guillaume deLorris, composa le Roman de la Rose, socle de la littérature française médiévale. Vers 1325, Jean de Meun, évoquant son écriture en français, l’associe au «parler que m’aprist ma mere», c’est-à-dire à sa langue maternelle. Bien que les premiers documents conservés en langue française datent du IXe siècle, c’est à partir du XIIIe siècle que le français écrit se répand–même si des auteurs comme Dante considèrent toujours la langue latine comme la «souveraine» des langues vernaculaires («sovrano del volgare», Convivo 1:7).

 

DU LATIN À LA LANGUE MATERNELLE

Plusieurs facteurs ont favorisé le glissement du latin vers cette «langue maternelle». Le passage d’une économie agraire et de région à une économie plus commerciale, liée aux cités et aux villes, imposa aux membres de la société la nécessité de se comprendre mutuellement sur le plan écrit comme à l’oral.

La centralisation du gouvernement français et l’émergence de l’État-nation sous le règne de Philippe-Auguste (1180-1223) créèrent le besoin d’une langue commune que la cour et les nobles pouvaient utiliser afin d’asseoir leur pouvoir (le moyen français écrit et parlé à Paris sera désigné comme la«langue du roi» par opposition à la «langue maternelle», le plus souvent un dialecte). Enfin, dans cette émergence de la langue française et de son évolution, il faut souligner le rôle essentiel que jouent les femmes… lectrices, écrivains et bibliophiles. À partir du XVe siècle, la langue vernaculaire est solidement implantée comme langue de la littérature, de l’administration et de l’expression individuelle.

Cet article anticipe une exposition qui se déroulera à New York puis à Paris, fera l’objet d’un catalogue et comprendra une journée d’étude internationale à l’INHA (Institut national d’histoire de l’art), Paris. Sera présenté un ensemble de seize manuscrits, tous rédigés en français entre ca. 1300 et ca. 1550. Enluminés et illustrés pour la plupart, ces manuscrits, d’une grande diversité, sont écrits en prose ou en vers, traduits du latin ou nouvellement et intégralement rédigés en français.

Ces ouvrages couvrent un champ très large de sujets qui vont de la littérature et de la science à la philosophie, de la théologie à l’histoire et l’art de gouverner. Certains de ces textes sont uniques et n’existent que dans les manuscrits présentés. Nombre de volumes affichent des provenances royales. Nous remarquons des oeuvres datées et signées par des copistes qui ont récemment été identifiés et d’autres par des calligraphes reconnus. Certains manuscrits sont conservés dans leurs reliures d’origine.

Datant de cette époque, les textes enluminés écrits en langue française constituent une telle rareté sur le marché de l’art que ce projet d’exposition et de recherche n’aurait pu voir le jour sans l’acquisition d’un ensemble conséquent de manuscrits, pour la plupart non étudiés, issus de la collection de Joost R. Ritman (né en 1941), homme d’affaires néerlandais, fondateur de la Bibliotheca Philosophica Hermetica à Amsterdam. Les exemples qui suivent présentent un «avant-goût» des différentes catégories de textes en langue vulgaire, en commençant par des textes relevant de la littérature et de la science avec le développement du vernaculaire au XIIIe siècle, puis au cours des trois siècles qui suivirent…

Retrouvez cet article en intégralité dans le n°111 du Magazine du Bibliophile


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