À la rencontre de Jean Cocteau… miroirs et chatoiements

Nombre de manifestations rendent hommage à Jean Cocteau à l’occasion du 50e anniversaire de sa disparition… dont l’exposition du MLM, à Paris : « Jean Cocteau le magnifique. Les miroirs d’un poète ». Parcours d’une vie, tableaux miroirs…

« Quand il est mort le poète… », la célèbre chanson de Gilbert Bécaud écrite en 1966, fut sans doute l’un des plus beaux hommages rendus à Jean Cocteau décédé trois ans auparavant. En effet, ce dernier se définissait poète et rien que poète, alors même qu’il exerçait son talent dans de multiples disciplines. Cela ne manqua pas d’ailleurs de susciter la critique, parfois violente, de certains de ses contemporains, y compris parmi les plus avant-gardistes ; d’où ce sentiment récurrent d’être à la fois «célèbre» et «inconnu».

Pour mieux cerner la personnalité de Cocteau, sans doute faut-il faire appel aujourd’hui à ces outils particulièrement bavards que sont les manuscrits et autres documents, premiers témoins de la gestation d’une oeuvre. Ainsi à l’occasion du cinquantenaire de sa mort, une exposition au Musée des Lettres et Manuscrits à Paris, sous le titre «Jean Cocteau le magnifique. Les miroirs d’un poète», présente jusqu’au 23 février 2014 plus de 150 manuscrits et lettres autographes, ouvrages illustrés et éditions originales, dessins, photographies et affiches, dont un grand nombre d’inédits.

DE LA POÉSIE, RIEN QUE DE LA POÉSIE

Au fil d’un parcours chronologique, le visiteur découvre que Cocteau a vécu la poésie comme une véritable vocation, avec tout ce que cela comporte de don de soi, mais aussi d’originalité et de diversité dans les moyens d’expression. Sa poésie, c’est bien sûr de la poésie des mots au sens strict, mais également de la poésie de roman, de la poésie critique, de la poésie de dessin, de la poésie de peinture, de la poésie de théâtre – y compris la poésie de décor et de costume –, enfin
de la poésie de cinéma… Dans ce dernier cas, on pourrait même aller jusqu’à parler de poésie de la technique. Quelle
que soit l’oeuvre, Cocteau ne la concevait pas simplement poétique, il la voulait poésie dans le sens absolu du mot.

L’omniprésence de la poésie a pour première conséquence une fusion totale entre l’homme et l’oeuvre. Si ce phénomène n’est évidemment pas réservé à Cocteau, il atteignit chez lui un degré élevé qui ne laissa guère de répit ni à son corps ni à son esprit. Dès sa jeunesse, la souffrance succédant trop souvent à l’éblouissement, Cocteau préférera le rêve à la réalité. L’école l’ennuie, il est en échec scolaire, mais la lecture le captive. Il sut en évoquer l’extraordinaire pouvoir sur la jeunesse: «… à plat ventre, un livre entre les coudes et la tête dans les mains jusqu’à ce que le tapis devienne un tapis volant et nous emporte par l’entremise d’Alexandre Dumas ou de Jules Verne».

Avoir écrit à vingt ans suffisamment de poèmes pour pouvoir publier trois recueils – La Lampe d’Aladin, Le Prince  frivole, et La Danse de Sophocle –, montre assez que Cocteau est né poète, même si par la suite, il reniera ces oeuvres de jeunesse. Le suicide de son père, alors qu’il n’a que neuf ans, drame encore alourdi par le non-dit familial, fut sans doute à l’origine de sa crainte de l’abandon et de son obsession de la mort. Cette double hantise ne cessera jamais de le tourmenter et de nourrir son oeuvre… d’autant plus qu’il sera confronté à la mort prématurée de plusieurs êtres chers.

La rencontre et la complicité littéraire avec Raymond Radiguet furent pour le poète une période particulièrement heureuse – ce qui n’empêcha pas l’éclosion à lamême époque de plusieurs oeuvres où la mort sépare inexorablement ceux qui s’aiment ; ainsi, entre autres, dans le roman Thomas l’imposteur paru en 1923. Jusque dans le recueil de poèmes Plain-Chants publié la même année, il est question de la mort : «…car je pense à la mort laquelle vient trop vite, nous endormir beaucoup»

Retrouvez cet article en intégralité dans le n°109 du Magazine du Bibliophile


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