Edito : La ville à la campagne…

Le Magazine du Bibliophile n°121Les nouvelles technologies ont commencé à remodeler la carte des échanges commerciaux de la librairie ancienne, et celle de la librairie tout court. Quels sont les «grands libraires» qui, aujourd’hui, ne sont pas présents sur Internet ? Quant au grand public, il est aussi venu participer au jeu de la désintermédiation numérique… Il y participe par l’usage qu’il fait des sites commerciaux, sites de vente, sites de ventes aux enchères… en toute indépendance. Ne possédant ni de charges particulières liées à un espace de vente, ni d’impôt sur les chiffres de vente etc., un certain public a ainsi, sans aucun souci, fait fléchir les prix d’une partie de l’offre, notamment celle des ouvrages dit d’occasion, autrement dit des livres récents ou assez récents. Certains professionnels, plutôt des bouquinistes, ont emboîté le pas de ces particuliers et sont surpris de voir leur chiffre d’affaires plonger. La bataille que se livrent bouquinistes et grands sites marchands n’a pas fini de faire des dégâts… Une désorganisation des prix s’en est résultée. Désorganisation qui par effet de contagion atteint une partie plus large de la librairie ancienne. Face au phénomène, peut-on dire que les ventes aux enchères stabilisent le marché ?

À ces difficultés s’en ajoutent d’autres, comme l’augmentation des charges dans les métropoles de région, mais aussi à Paris, notamment le montant des loyers. S’ajoute enfin le fait qu’un certain nombre de libraires partent à la retraite… Le tout cumulé, ne soyons donc pas surpris si certains décident de s’installer en province, abandonnant Paris mais aussi tout espace commercial ayant pignon sur rue. Ils rejoignent de fait ces libraires en région qui, parfois installés au milieu des champs ou face à la mer, pianotent du matin au soir, en pratiquant désormais leur métier sur écran. Que faire pour gagner du public ? Le domaine de la librairie ancienne et moderne porte à s’interroger sur cette perte de clients mais aussi de rechercher comment y remédier…

Restent les salons et marchés. Et ceux qui vendent à la fois sur Internet et sur les salons, enfin ceux qui ne pratiquent leur métier de libraire que sur les salons. Question : ces salons et marchés vont-ils suffire à rééquilibrer cette nouvelle carte ? Il faudra attendre quelques années pour pouvoir répondre à cette question, mais il est probable que les centres des grandes villes continuent à se désertifier et de perdre des librairies – comme c’est le cas en Allemagne ou en Italie par exemple. En attendant, profitons des très intéressants salons de cette fin d’année, nombreux, et toujours surprenants ! (p. 36)

Rédacteur en chef du "Magazine du Bibliophile et de l'amateur de manuscrits et autographes".
Site Web : http://www.mag-bibliophile.fr

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