Edito : Transmettre

Le Magazine du Bibliophile n°119-120Le patrimoine se transmet de génération en génération, dit-on. Alors, arrêtons-nous un instant sur le patrimoine du bibliophile et sur la bibliophilie. Avec le fléchissement de l’intérêt du public pour le livre ancien – qu’il est difficile d’apprécier dans son ensemble avec précision –, il n’est pas rare d’entendre qu’un libraire ou qu’un bouquiniste en fin de carrière mette prochainement la totalité de son stock en salles de vente, car il n’a pas d’enfants ou, s’il en a, ces derniers se désintéressent du livre et n’ont d’ailleurs ni connaissances pratiques ni savoir bibliophilique pour les vendre.

D’une génération à l’autre, le «gap» serait-il devenu plus important qu’autrefois – en particulier vis-à-vis du livre ? Qu’une génération possède des goûts, des connaissances et des orientations qui diffèrent de la précédente, quoi de surprenant ? Les familles de libraires réputés qui se succédaient de génération en génération – les «grandes dynasties» – vont-elles totalement disparaître ? Naturellement, vous comme moi connaissons nombre de contre-exemples… À savoir qu’il existe une nouvelle génération de bibliophiles et de jeunes libraires (vous continuerez à les découvrir au fil de nos prochains numéros). Mais ces contre-exemples ne suffisent plus à écarter l’inquiétude qui s’est répandue dans une grande partie de la profession : le public amoureux des livres diminuerait, progressivement. Et cette impression de la profession serait aussi celle d’une large partie du public des bibliophiles, autrement dit de la clientèle des libraires et bouquinistes. Le phénomène ne peut se vérifier.

Quant à la principale solution qui permet d’élargir le cercle des bibliophiles, elle repose avant tout sur la communication, donc une autre forme de transmission. Je me souviens d’une chorégraphe qui n’avait pas d’enfant mais soulignait la fonction transmission des cours qu’elle donnait. Il y a mille et une manières de transmettre sa passion.

Transmettre un patrimoine… transmettre des connaissances, transmettre l’amour et le plaisir des livres. C’est sur ces passages que Le Magazine du Bibliophile voudrait vous attirer, avec, par exemple, la découverte des villages du livre et dans ce numéro, plus particulièrement, celle de Montolieu. L’occasion de découvrir en même temps un grand éditeur méditerranéen, celui qui a publié les premiers textes d’Albert Camus : Edmond Charlot. Un éditeur qui donnait un sens plein et large au «commerce» du livre.

Aller vers l’autre, c’est ce qui rapproche les marins de la francs-maçonnerie. Aussi découvrirez-vous pourquoi cette dernière fut si présente dans la Marine au XVIIIe siècle. Enfin, le 5e centenaire de l’accession de François Ier au trône de France donne l’occasion d’admirer à Blois des ouvrages exceptionnels de sa «librairie» personnelle et des exemplaires de celle qui deviendra la Bibliothèque royale. 500 ans, c’est aussi la durée sur laquelle s’étend la collection d’hippologie de Johan Dejager, une collection dont l’intérêt dépasse largement les frontières d’une spécialité. Bonnes lectures !

Retrouvez cet article en intégralité dans le n°209-210 du Magazine du Bibliophile


Rédacteur en chef du "Magazine du Bibliophile et de l'amateur de manuscrits et autographes".
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