Edito : « Terra incognita incognita »

La bibliophilie ou l’amour des livres nous réserve toujours de bonnes surprises. HoraceWalpole en 1754 forgea le terme de serendipity pour désigner le «don de faire des trouvailles», ce que rappelle Paul Vacca dans son ouvrage Délivrez-vous ! – que nous présentons page 8. Pour conserver cette capacité de rencontres imprévues, il est fortement conseillé de ne pas suivre les chaînes
logiques du numérique – mais bien davantage de poursuivre la lecture de ce magazine ! Paul Vacca nous explique quelques données inattendues d’épistémologie (une présentation qu’il reprend d’un ouvrage de Mark Forsyth citant Donald Rumsfeld…!). Le savoir humain – un concept qui nous rapproche avec bonheur de la philologie classique – se partage en trois grandes catégories : «le “connu connu”, ces choses que l’on sait que l’on sait (par exemple, je sais que le ciel est bleu et que Marignan a eu lieu en 1515…) ; l’“inconnu connu”, c’est-à-dire les choses que l’on sait ne pas savoir (je sais pertinemment que j’ignore le chiffre exact de la population de la Tanzanie, ou comment on dit “merci” en japonais…) ; et, enfin, l’“inconnu inconnu”, ces choses que nous ne savons pas ne pas savoir (et dont je ne pourrais donner aucun exemple, puisque précisément j’ignore que je l’ignore).»
Troisième continent, cette Terra incognita incognita nous restera inaccessible via Internet. Sinon totalement, du moins en très grande partie car la logique que nous suivons et que les logiciels nous font et feront suivre sera celle du «marabout-bout-de-ficelle-selle-de-cheval…»
«Par confort, poursuit Paul Vacca, on piétine le “connu connu” et on parcourt l’“inconnu connu”. Mais l’“inconnu inconnu”, on ne s’y aventure quasiment jamais. Du reste, comment fait-on pour chercher sur Google quelque chose dont on ignore jusqu’à l’existence ?» C’est donc une des fonctions du libraire de nous ouvrir ce troisième continent, la «mission du libraire», dit même Paul Vacca. Et nous ajoutons et soulignons : c’est aussi la mission d’un magazine tel que le nôtre, celui que vous lisez en ce moment…
C’est pourquoi, nous vous invitons à découvrir dans ce numéro 141-142 un auteur, polémiste, qui aimait ferrailler avec les mots mais aussi avec une épée – puisqu’il fut un grand duelliste : Laurent Tailhade (la rubrique Catalogues pourra d’ailleurs aussi vous surprendre pour ce qui le concerne…) ; vous découvrirez le plus grand musée de l’imprimerie d’Europe : l’AMI (page 14) ; puis nous partirons en Arménie avec un bibliophile bien connu de nos lecteurs et des habitués du Salon du livre ancien du XIe arrondissement de Paris, Jean-Pierre Kibarian ; enfin, nous retrouverons les Nadar à la BnF…Pouvait-on s’attendre à autant de bonheurs ? Bonne lecture !

Retrouvez cet article en intégralité dans le n°141-142 du Magazine du Bibliophile


Rédacteur en chef du "Magazine du Bibliophile et de l'amateur de manuscrits et autographes".
Site Web : http://www.mag-bibliophile.fr

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