Edito : Sur les anciennes routes du livre…

Depuis quelques numéros, nous publions des présentations de la bibliophilie et de l’histoire du livre dans le monde et en Europe. Bien que centrées directement sur ce sujet avec cette rubrique
récurrente, nos pages ne se sont pourtant jamais limitées à l’Hexagone. Et puisque Internet représente aujourd’hui un autre espace, un autre territoire que la géographie terrestre que nous connaissons, il est bon aussi parfois de rappeler cette histoire géographique et bien concrète du livre
et de ceux qui les recherchent.

Dans ce numéro Spécial Été 2017, l’Espagne est à l’honneur avec un texte de Francisco Asín Remírez de Esparza, docteur en histoire de l’Université de Saragosse et libraire de livres anciens dans cette même ville. Cette parution ne pouvait mieux tomber dans une publication estivale, puisque, comme chacun sait, la Péninsule ibérique continue d’être une des destinations favorites des vacanciers l’été avec la France et l’Italie, les recettes du tourisme espagnol dépassant d’ailleurs celles de la France.

L’approche économique de l’histoire de la bibliophilie en Espagne par Francisco Asín Remírez de Esparza – qui a publié en 2008 un ouvrage sur le commerce du livre ancien (El comercio del libro antiguo) – nous amène à considérer avec davantage d’attention les routes commerciales et leurs croisements, les échanges, les contacts qu’elles permettent, les foires…, les centres économiques, les centres religieux, la production et la circulation des livres, les imprimeries et les bibliothèques…

Dans ce maillage de l’Europe, qui existait déjà bien avant l’arrivée de Jules César, les axes naturels jouèrent un rôle historique majeur, à commencer par le Rhône et le Rhin. D’ailleurs, alors que la cartographie romaine est bien davantage horizontale, avec un nombre de liaisons partant de Lyon beaucoup plus importantes qu’aujourd’hui, l’axe nord-sud du Rhône et surtout du Rhin ont joué un rôle capital en reliant les pays du Nord, les pays de la Hanse, puis les Flandres, à ceux du Sud, la région de Milan et celle de Venise, en passant, entre autres, par l’Alsace et la Champagne…

Lorsque l’imprimerie est née à la fin du Moyen Âge, peu de temps d’ailleurs après la création de nombreuses universités, la technologie de Gutenberg, les premiers artisans imprimeurs et leurs productions ont suivi ces routes. C’est ainsi que, née au centre de l’Europe, dans une région carrefour de foires et d’échanges commerciaux, l’imprimerie s’est étendue naturellement à d’autres centres commerciaux, à d’autres foires…Sans oublier les centres religieux ou spirituels, puisque le mot feria – qui a donné celui de foire – est originellement celui d’une fête religieuse à laquelle est liée la foire.

Sur cette carte des routes et des chemins du Moyen Âge figurent aussi les lieux de pèlerinage, les abbayes, les basiliques… Et la carte des routes et chemins de Compostelle apparaît souvent très proche de celle des liaisons commerciales médiévales.

Aujourd’hui, retrouver ces chemins de Compostelle, retrouver ces routes du livre, retrouver aussi, face à Internet et sa chronophagie, un autre temps qui est celui des livres, c’est ce à quoi nous invite la Basilique de Marçay dans son nouveau rôle de musée du livre. Son inauguration a lieu le 16 septembre
prochain, au cours des Journées européennes du patrimoine. Nous vous souhaitons un bel été, avec, parmi vos rencontres, celles des livres !

Rédacteur en chef du "Magazine du Bibliophile et de l'amateur de manuscrits et autographes".
Site Web : http://www.mag-bibliophile.fr

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