Edito : Rencontres de l’été

couv-bibliophile-126-127Traditionnellement, l’été, les vacances entraînent le bibliophile vers des régions qu’il connaît et apprécie, ou qu’il découvre. Mais impossible d’oublier les livres, et surtout les livres qu’il ne possède pas encore : le bibliophile, inévitablement, rendra visite aux libraires qui ne sont jamais très loin. D’ailleurs, qui ne connaît l’application Livre Rare Book (1) qui permet de savoir immédiatement sur son téléphone portable ou sa tablette quels sont les commerces de livres anciens ou d’occasion à proximité ? L’exploration et la découverte sont des exercices permanents en bibliophilie. Pas nécessairement des habitudes de seconde nature, plutôt le fond d’une nature première. D’ailleurs, le bibliophile a-t-il besoin d’une destination précise pour pratiquer son art dont le plus grand plaisir repose sur la surprise ? C’est tout le sens de la promenade et de la bibliophilie entendue comme une véritable praxis. Une pratique qui nous transforme.Même dans le pèlerinage (lire page 12), est-ce le but qui nous conduit ou celui-là ne disparaît-il pas dans sa présence permanente ?
Les livres que nous recherchons sont-ils plus importants que notre recherche ? Nous nous trouvons là dans la vraie réalité, non dans le virtuel avec des titres qui défilent et qui devraient nous permettre de mettre la main sur un ouvrage particulier, un livre recherché… Si les pratiques des collectionneurs ne peuvent se résumer à une seule forme de recherche, une seule forme de relation avec l’objet livre, nombreux sont encore ceux qui s’offrent la liberté du vagabondage, de la promenade des yeux sur des titres et des pages, et qui, lisant une phrase d’un texte, ou prenant en main une reliure ancienne, connaissent un plaisir particulier, celui d’un vrai amateur de livres – ce que le terme de bibliophile signifie. Si les mots passion et patience sont si proches, combien de temps passerez-vous à regarder ces livres chez un libraire ? Des études diront «moins d’un quart d’heure».
Ce qui poussera certains bouquinistes et libraires à s’orienter vers un semblant de «merchandising» (alors que certaines pratiques «magiques» sont encore bien vivaces) : «Il faut que l’offre soit immédiatement lisible…» Le contraire serait étonnant dans une librairie ! Mais ce qui est visé est de retenir l’attention. Sur ce point, je sais que les amoureux des livres connaissent leur force d’attraction, il y a des livres qui aimantent, qui attirent comme le ferait une personne… Et il y a des livres que, involontairement, nous rencontrerons. Sur un marché l’été, dans une librairie de village ou juste avant la plage… Instants magiques. Bonnes aventures !

(1) – Le Magazine du Bibliophile n°117-118, p. 64.
(2) – Par exemple, celle d’une première vente effectuée qui briserait le mur invisible entre le vendeur et ses clients. On utilise même le terme «casser» pour caractériser cette action.

Rédacteur en chef du "Magazine du Bibliophile et de l'amateur de manuscrits et autographes".
Site Web : http://www.mag-bibliophile.fr