Edito : Provenances, liens et humanisme

Magazine du Bibliophile n°117-118La passion des livres et des textes nous entraîne à nous interroger sur leurs provenances. Par exemple : celles du Kâmasûtra. Sait-on vraiment d’où vient le texte de cet ouvrage très largement connu, comment il a été constitué et comment il a été utilisé en bibliophilie – c’est-à-dire en premier lieu quelle traduction de quel texte a été et est utilisée ? Car il nous est impossible de mettre de côté cet aspect essentiel dans la transmission des textes ; la place de la traduction se situe même au coeur de la bibliophilie. Ceci vaut prioritairement pour la plupart des grandes oeuvres, celles qui se sont inscrites comme des objets de culte dans notre culture et qui, comme certains textes intouchables autrefois, pouvaient se transmettre les yeux fermés comme des objets sacro-saints.

Dans ce numéro, la traduction est évoquée à plusieurs reprises. Avec le Kâmasûtra, brièvement (p. 27), avec Chappuys également (p.34)… Ajoutons ici tout l’intérêt qu’il y a à se plonger dans la philologie quand on se pique de généalogie des livres et de traçage bibliophilique. Comprendre le circuit historique des livres, le circuit d’un livre, sa provenance en tant que contenu et en tant que contenant, établit un parcours et surtout un lien avec aujourd’hui et nous-même. Ce lien n’est pas seulement celui des idées, car il est aussi très concret. Sur ce parcours en effet, il y a des bibliothèques, des collections, des ventes publiques ou non… des conservateurs, des libraires, des collectionneurs, des experts…

Un livre exemplaire se reconnaît à une reliure, signée peut-être, à un décor, à des armes sur le plat, à un ex-libris ou à bien d’autres signes encore, un envoi, des annotations, etc. Et les bibliographes enregistrent les séquences retraçant de manière plus ou moins intégrale ce parcours surtout grâce aux inventaires de bibliothèques, aux catalogues de bibliophiles (p. 49), aux bibliographies… Les provenances récentes s’avèrent bien sûr plus faciles à établir, quand on a vu passer un ouvrage dans une vente, et qu’il réapparaît dans une autre…

La recherche de sources et de provenances des temps plus anciens nous conduit à parcourir des champs du savoir dont les frontières ne sont plus aujourd’hui celles qu’ils possédaient autrefois. Nous redécouvrons alors des paysages fantastiques et méconnus, par exemple dans le fabuleux Manuel de philologie * de Salomon Reinach et son étonnant Second Livre dédié à la Bibliographie de la bibliographie. Nous y retrouvons tous les travaux les plus exceptionnels de bibliographie, à commencer par la Bibliothèque des bibliothèques de manuscrits de Monfaucon de 1739. Et sa définition de la philologie qui englobe tous les fruits de l’esprit humain s’approche beaucoup d’un certain sens de la bibliophilie, celui de l’humanisme.

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Rédacteur en chef du "Magazine du Bibliophile et de l'amateur de manuscrits et autographes".
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