Edito : Livres objets, objets d’art

En cherchant à définir la bibliophilie ou l’amour des livres, il est fréquent de partir de quelques généralités… Il y aurait autant de définitions de la bibliophilies que de bibliophiles. Mais quittons le sujet, les sujets et les individus : il y a aussi les définitions qui s’appuient davantage sur l’objet – le livre. On distingue alors les bibliophilies du contenu (le texte) de celles du contenant (l’objet livre avec sa reliure, son papier, etc.). Certains amoureux des livres sont pourtant de grands lecteurs, ils aiment les textes et tiennent beaucoup à leurs livres parce qu’ils sont attachés au texte. Or c’est là que nous oserons pousser la porte de la logique bibliophile et entrerons dans l’univers de la bibliophilie…

Dans ce numéro, vous trouverez quelques éléments qui permettent de dépasser toute contradiction contenu/contenant. Avec, par exemple, Nicolas Malais, «jeune libraire» qui s’est interrogé dans un magnifique travail sur les rapports des textes aux images dans la bibliophilie littéraire. Comment une mise en forme qui est tout simplement une mise en objet participe-t-elle à la vie d’un texte ?

Autres réflexions sur la valeur du texte et l’évolution de la fonction du livre avec Gordon Hollis, libraire californien. Pourquoi banaliserait-on la présentation d’un texte ? Or si on reconnaît bien des avantages à la recherche bibliophilique et bibliographique sur Internet, il faut aussi reconnaître les limites dans lesquelles nous percevons un texte numérique. Aucun texte n’est identique à un autre dans sa présentation, dans son impression sur papier. Une petite expérience est simple à faire : lire le même texte, par exemple un grand classique comme Madame Bovary ou un grand roman d’aujourd’hui comme Moon Palace dans deux éditions de poche différentes. Perceptions, sensations et sens apparaîtront différents pour un texte identique dans ces deux lectures. C’est la plus belle expérience bibliophilique à faire pour commencer. Ensuite, il sera possible d’aller vers des ouvrages plus élaborés, de plus en plus beaux…

L’élargissement du concept de bibliophilie à l’objet d’art – le livre – se manifeste davantage encore cette année au Grand Palais avec la présence des objets d’art et de la CNES, une des grandes chambres d’experts en France. Ce qui se traduit par le changement d’intitulé de ce Salon annuel, qui devient le Salon du livre rare et de l’objet d’art.

De fait, le livre de bibliophilie retrouve un environnement naturel qui lui va bien et dont il peut tirer profit naturellement. Cette ouverture ou réinscription du livre rare dans un univers plus artistique, davantage «beaux arts», plus proche du graphisme, de la typographie, du beau papier, des belles illustrations, etc. semble être une tendance à l’œuvre dans plus d’un univers bibliophile, par exemple dans les Villages du livre – qui essaient de retrouver la voie de leur développement et se positionnent de plus en plus dans une conjugaison avec les arts. Et nous le verrons plus encore dans les mois qui viennent. En attendant, bonne lecture ! Et n’oubliez pas de venir nous rencontrer au Grand Palais. Nous vous accueillerons sur le stand H18-H20.

Rédacteur en chef du "Magazine du Bibliophile et de l'amateur de manuscrits et autographes".
Site Web : http://www.mag-bibliophile.fr

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