Edito : La bibliophilie et le Temps

couv-bibliophile-128La bibliophilie est aussi un art de retenir le Temps, comme une main essaie de conserver une poignée de sable. Désirer conserver l’objet livre, c’est désirer conserver du temps historique, de ce temps qui nous appartient collectivement, de notre temps personnel aussi. Lorsqu’un bibliophile crée une collection, il sait par avance que celle-ci est et restera éphémère. Cette collection peut apparaître plus ou moins volontairement, avec plus ou moins d’insistance, devenant même parfois compulsive. J’ai rencontré sur un salon du livre ancien un amateur de livres qui a commencé, de manière fortuite, à acheter ici et là un livre, puis un autre, et un autre encore… Au bout de peu de temps, cet ensemble lui apparut cohérent et prit, à ses yeux, le sens d’une collection. Le passage de l’ensemble à la collection valait comme une véritable initiation bibliophilique. L’attachement était né. Désormais se posait la question : comment se comporter en tant que bibliophile face à cette collection ?

Il prit conscience d’un coup des rôles que cela impliquait et s’interrogeait – et nous interrogea – sur les nécessités à suivre pour entretenir cette collection (de manière essentielle, comme de cirer ou de ne pas cirer ses livres, de les faire ou non restaurer au niveau de la reliure, du papier…), pour la conserver dans les meilleures conditions (connaît-on réellement les niveaux de températures et d’hygrométrie qui permettent la meilleure conservation du papier et des reliures – en dehors du fait qu’il est préférable de ne pas installer une bibliothèque à côté d’un radiateur ?), enfin bien sûr afin de l’augmenter quantitativement tout en la valorisant…

Dès le commencement d’une collection, il y a cette crainte amoureuse que le bibliophile entretient vis-à-vis de l’ensemble qu’il crée. Il sait qu’un jour cette collection se défera, parce qu’il le décidera ou bien parce qu’il ne sera plus là. Que restera-t-il alors de sa Collection, de ses Livres ? Le passé d’une collection. Or celui-ci vit d’abord par des témoignages bien matériels, tous signes d’appartenance portés sur les livres comme les ex-libris par exemple ; ensuite l’inventaire, le catalogue de cette collection. Souvent, lorsque les pratiques bibliophiliques ne sont ni bien connues, ni habituelles, les listes de livres, bibliographies, catalogues…apparaissent ennuyeuses et rébarbatives. Il n’en est rien, elles ouvrent sur des plaisirs extraordinaires. C’est en pensant à tout cet art du patrimoine et de sa valorisation, un art qui essaie de retenir un peu de ce ce temps des livres que nous réalisons ce Magazine et vous invitons à de nouvelles découvertes… Cette fois, en remontant au Moyen Âge pour arriver jusqu’à aujourd’hui et aux bandes dessinées. Bonne lecture !

Retrouvez cet article en intégralité dans le n°128 du Magazine du Bibliophile


Rédacteur en chef du "Magazine du Bibliophile et de l'amateur de manuscrits et autographes".
Site Web : http://www.mag-bibliophile.fr

Soumettre un commentaire

Vous devez vous connecter pour soumettre un commentaire.