Perrin : un catalogue d’éditions augustales

Dès 1846, l’imprimeur lyonnais Louis Perrin acquiert une large notoriété grâce aux caractères qu’il vient de créer, les « augustaux ». Mais ce ne fut pas sa seule réussite… Dans un catalogue exceptionnel qui lui est dédié, la libraire Anne Lamort réunit 108 références « afin que la joie procurée par ces livres soit partagée avec des bibliophiles qui, sans le savoir encore, seraient héritiers du même goût ».

Au début des années 1830, à Lyon, Louis Perrin imprimait surtout des commandes techniques, des rapports et, de temps à autre, un ouvrage de littérature. Il avait commencé à apprendre les rudiments de l’imprimerie chez Rusand, dont Zacharie Durand dirigeait l’un des deux ateliers. Ses parents avaient réussi à le faire entrer là comme saute-ruisseau (coursier) alors qu’il n’avait que dix-huit ans. Quatre ans plus tard, il achète l’atelier de Louis Cotty et s’associe à Zacharie Durand. L’un des grands témoignages du début de cette période initiale de Louis Perrin est le recueil d’oeuvres de Louise Labé, une édition qu’il regrettait. Avant de se frotter aux tâches de l’imprimerie, Louis Perrin avait été élève de l’École de dessin au Palais des Arts. Et ce passage l’a sans doute marqué dans ses goûts, son orientation esthétique d’éditeur et ses choix typographiques.

Un personnage important se trouvait à la tête de l’École des Beaux-Arts : Pierre-Henri Revoil (1776-1842). Voici comment le biographe et «ami» de Louis Perrin, Jean-Baptiste Monfalcon, présente cet enseignant : «Archéologue passionné et compétent, ce professeur aimait l’imprimerie et s’y connaissait ; il était frappé de l’état stationnaire dans lequel elle restait obstinément ou plutôt des pas qu’elle faisait en arrière. Quelques années auparavant un autre archéologue conservateur du Musée, Artaud, avait réuni sous les arcades du Palais des Arts un grand nombre d’inscriptions antiques dont plusieurs appartenaient à la meilleure époque augustale. Revoil les remarqua fort à divers titres et surtout au point de vue de l’imprimerie; il avait retrouvé les caractères augustaux. Il se plaisait à faire remarquer sur le marbre et sur le papier l’identité des O à plein cintre double, la courbe régulière des C et des Q, les triangles symétriques des A et des V et les autres rapports de l’alphabet. Revoil enfin ajoutait que la décadence de l’imprimerie serait complète, prompte et sans remède si on ne se hâtait de revenir aux types corrects et élégants dont se servaient au XVIe siècle Vascosan, Roville et Jean de Tournes.»

Le directeur de l’École des Beaux-Arts ne s’arrêta pas à de simples prises de position mais s’appliqua à réaliser une étude complète sur les inscriptions antiques du siècle d’Auguste, dont on imagine les qualités. En découle la reconstitution d’un alphabet dont il recommanda l’imitation dans les langages épigraphiques. Louis Perrin fut très vite conquis par cette effervescence typographique, par cet intérêt pour l’antique police romaine. Intervint alors le travail d’Alphonse de Boissieu qui sollicita Louis Perrin pour la publication d’un ouvrage sur les inscriptions antiques lyonnaises. Les travaux de Revoil se poursuivirent ainsi par ceux de Perrin et de de Boissieu. Le résultat est un vrai chef-d’oeuvre présent dans le catalogue constitué et publié par Anne Lamort : Les Inscriptions antiques de Lyon d’après les monuments ou recueillies par les auteurs, Lyon, Louis Perrin, 1846-1854 ; grand et fort vol. in-4° de [2] ff., vi pp [I] ff., 619 pp. [42] ff., reliure de l’époque maroquin vert empire, décor doré et à froid à la Duseuil, dos à nerfs orné de fleurons dorés, dentelle intérieure, tranches dorées antiquées (Bruyère). Tirée à 500 exemplaires, cette remarquable édition réalisée grâce à un travail de huit années est illustrée de 390 lithographies représentant les monuments, dessinées par Perrin et par Fugère, l’un des ouvriers attachés à l’imprimerie. Peut-on s’imaginer ce que représenterait aujourd’hui une telle entreprise sur un plan économique ?

Retrouvez cet article en intégralité dans le n°90 du Magazine du Bibliophile


Rédacteur en chef du "Magazine du Bibliophile et de l'amateur de manuscrits et autographes".
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