Jean Castarède : « Le Marché Brassens des livres est mon addiction »

À l’occasion de la parution de Mon vice impuni, par Jean Castarède aux éditions France-Empire, voici un court entretien avec l’auteur.

Jean Castarède, diplômé d’HEC et de l’ENA, docteur ès sciences économiques, est l’auteur d’une quarantaine d’ouvrages principalement consacrés à l’histoire des XVIe et XVIIe siècles, à l’Europe contemporaine (qui fut le sujet de sa thèse de doctorat), à l’économie du luxe et à la culture. Il préside plusieurs institutions culturelles. 

 

Dès le départ, il y a donc un vice impuni, mais le lecteur ne sait pas à quoi il correspond, et il ne connaît pas non plus le lieu de ce vice. La citation de Valéry Larbaud apporte une ambiguïté…
Vous avez bien compris qu’il s’agit d’un jeu et d’une fable, genre que l’on pratiquait davantage autrefois, on pourrait aussi parler de conte philosophique. Toute ma vie, j’ai été intrigué par cette phrase de Valéry Larbaud et par son livre publié en 1925 qui, lui, est assez sérieux malgré son titre provocateur. Bien sûr, de nombreux auteurs prestigieux, notamment Jean-Paul Sartre dans Propos de littérature, Alain et Proust que je cite, se sont penchés sur le rôle de la lecture. Je n’ai pas voulu écrire un essai sur ce sujet venant après ces illustres auteurs. La lecture a toujours été un guide, une consolation depuis mon premier âge. C’est d’ailleurs un atavisme familial qui me vient de mon arrière-grand-père qui possédait une splendide bibliothèque qui me fascinait. Mon petit-fils de huit ans lit trois livres par jour. Mais comme vous l’avez compris J’ai voulu jouer avec le lecteur à un jeu de découverte, genre de labyrinthe évoqué par la couverture et parler du Marché Brassens, aujourd’hui un peu en danger mais où l’on rencontre des gens assez extraordinaires. Et comme Valéry Larbaud parlait de vice, je me suis amusé dans les premiers chapitres avec une connotation franchement coquine, à faire croire que j’allais tous les week-ends, dans d’autres lieux. C’est un clin d’œil pour me rapprocher d’une certaine littérature devenue à la mode.

Il y a souvent dans votre approche un regard duel. Vous considérez la Gascogne comme votre patrie, mais vous reprenez une magnifique citation de Giraudoux sur Paris. Vous évoquez vos activités professionnelles au service des grandes surfaces mais vous défendez aussi les libraires, petits commerces indépendants, etc.
Vous avez raison d’insister sur ma dualité qui est une caractéristique de ma personnalité. J’aime Paris et la campagne, notamment ma Gascogne natale. J’ai défendu à une certaine époque de ma vie, les grandes surfaces mais je suis pour le petit commerce indépendant étant moi-même à la tête d’une TPE (toute petite entreprise) de vins et spiritueux, face aux mastodontes de l’alcool que je rencontre sur ma route. J’aime les lieux mythiques que je décris (Cannes, Saint-Tropez, San Francisco…) et les palaces mais je préfère les petites anses méditerranéennes. C’est pour cela que je rappelle la chanson de Joséphine Baker : « J’ai deux amours, mon pays et Paris », spontanément citée à l’âge de quatre ans en débarquant dans la capitale.

Le «lieu» du vice impuni sera découvert. Il produit du lien. Au début du livre, vous confiez que vous auriez pu être globe-trotter ou reporter. Le lieu permet des rencontres. Et on comprend que votre goût de la rencontre n’est pas seulement celui du livre. Mais est-ce que cette double possibilité, faire des rencontres et découvrir des livres, appartient au seul marché Brassens ?
Vous avez raison de dire que mon livre n’est pas seulement un plaidoyer pour la lecture mais qu’il est aussi une incitation à rencontrer les autres et à trouver des lieux favorables aux liens. A cet égard, le Marché Brassens est idéal : les gens qu’on y croise sont, par définition, intéressants parce que guidés par le même appétit de lire, et de ce fait abordables par ce même souci d’excellence. Je pense que cet aspect « échange » n’est pas assez développé au Marché Brassens.

Rédacteur en chef du "Magazine du Bibliophile et de l'amateur de manuscrits et autographes".
Site Web : http://www.mag-bibliophile.fr

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