PARIS 24 MAI 2016 : grande vente anniversaire de la maison ALDE qui fête ses 10 ans

• Le 24 mai 2016 aura lieu à l’hôtel Ambassador la vente anniversaire de la maison ALDE créée  par maître Jérôme Delcamp en 2006. En dix ans, cette entreprise a parfaitement réussi son pari : s’installer et développer des ventes publiques sur un marché spécialisé, celui des livres, autographes et monnaies. Une activité unique qui s’inscrit parfaitement dans l’évolution des ventes publiques en France et a permis à Alde de s’imposer comme un acteur majeur sur le marché de la bibliophilie.

 

Première maison de ventes aux enchères française spécialisée en livres, Alde fête un grand anniversaire : 150 ventes sont en effet passées sous le marteau de Jérôme Decamp (ci-dessous) depuis le 22 mai 2006, date de la première vente.

Le 24 mai prochain, Alde, qui, en dix ans, totalise un montant d’adjudications s’élevant à plus de 60 millions d’euros, se démarquera une fois encore dans l’exceptionnel : Jérôme Delcamp nous annonce en effet la présence dans cette vente d’un Hypnerotomachia Poliphili [Songe de Poliphile] édition italienne originale de ce roman initiatique écrit dans un mélange de grec, de latin, d’italien et de vénitien, imprimé à Venise,

en décembre 1499 ! Une présence éminemment symbolique, puisqu’il s’agit sans doute d’un des ouvrages les plus prestigieux et les plus recherchés pour la Renaissance réalisé par cet imprimeur vénitien, Aldo Manuzio, dont le patronyme a été adopté par l’opérateur de ventes publiques.

«À qui pouvais-je immédiatement penser si je pense aux livres ? À Aldo Manuzio. Dans cette tradition française qui consistait à franciser les noms étrangers, on parlait des Alde pour mentionner un ouvrage imprimé par la dynastie de célèbres imprimeurs Vénitiens. J’ai donc choisi ce patronyme Alde, raconte Jérôme Delcamp, qui poursuit… Le destin nous a fait un clin d’œil pour cet anniversaire, puisqu’un client nous a confié pour la première fois un Songe de Poliphile, et cette édition originale italienne se trouve dans une condition très belle.» [lot n°11, estimation 150 000-200 000 euros].

Cette vente anniversaire se range dans les ventes thématiques, périodiques, trimestrielles ou semestrielles de la maison Alde. Elles ont pour but de rassembler des ouvrages par thèmes : livres anciens, illustrés modernes… Dans ces ventes, tout particulier a la possibilité de participer, en tant qu’acheteur mais aussi vendeur – même s’il ne souhaite acquérir ou céder qu’un seul livre.

 

VENTESDECOLLECTIONS

L’autre catégorie de ventes est celle des collections et des collectionneurs, dont Jérôme Delcamp évoque la marque de reconnaissance, puisque nombre de bibliothèques lui furent confiées dont les ventes restent historiques : la bibliothèque du Vicomte Couple du Lude (dont La Pucelle d’Orléans par Voltaire, Londres 1774, a été adjugée 210 000 euros le 23 novembre 2009), la bibliothèque d’un amateur (dont une collection de 21 ouvrages d’architecture par Piranesi, Rome [1748-1780] a été vendue 500 000 euros le 6 mars 2014), la bibliothèque Gaston Gradis (dont la superbe Histoire de la princesse Boudour. Conte des mille et une nuits, par le docteur Joseph-Charles Mardrus, Paris 1923, a été adjugée 300 000 euros le 3 juin 2006) ou encore 75 photographies et documents divers d’Henri Poincaré, adjugés 225 000 euros le 6 mai 2008…

Les 10 ans de Alde sont ainsi parsemés de résultats qui restent dans les mémoires. Des ventes publiques qui représentent des événements. Mais, tout a commencé en fait avec Jérôme Delcamp par une passion… le livre.

« J’ai créé cette maison en 2006, parce que j’étais à l’époque commissaire-priseur stagiaire. J’avais toujours été passionné par les livres et j’ai eu la chance de faire mon stage avec Éric Buffetaud qui, pendant une trentaine d’années a été l’un des plus éminents spécialistes parisiens des ventes aux enchères de livres. Par ailleurs, j’avais toujours été étonné par le fait qu’une structure qui existait et qui aurait été banale en Angleterre, en Allemagne ou aux États-Unis, à savoir une maison de ventes spécialisée dans les livres, n’existait pas France. C’est pourquoi j’ai décidé de me lancer dans cette aventure il y a dix ans, en rendant hommage à une des personnalités qui, pour moi, est l’une des plus riches qui soient de l’histoire du livre, Alde Manuce. Un autre élément qui m’a décidé est lié au métier de commissaire-priseur. C’est un métier merveilleux, mais, à titre personnel, je ne me voyais pas prétendre connaître l’ensemble des objets sur lesquels il repose : les tableaux, les meubles, etc. J’ai donc préféré me concentrer sur quelques domaines dont je m’occupe exclusivement, afin d’apporter le meilleur service aux personnes qui nous font confiance – qu’il s’agisse d’acheteurs ou de vendeurs.»

 

UNPARIDEVENUÉVIDENCE

Au départ, un pari : la spécialité du livre. «Ce n’était pas du tout le fonctionnement classique des maisons de vente, il y a 10 ans, rappelle le créateur et directeur de la maison Alde. Au contraire, elles essayaient de rassembler tout ce qu’elles pouvaient.» C’est pourquoi, lorsque Alde a été créée, elle n’a suscité aucun sentiment négatif. «Mes confrères, ajoute Jérôme Delcamp, ont plutôt été rassurés, voire amusés, que nous nous limitions aux livres.» Et ce qui était un pari il y a 10 ans est devenu aujourd’hui une évidence.

Très rapidement après sa création, la maison Alde gagna la confiance et la reconnaissance des bibliophiles. «Nous avons eu la chance de répondre à un besoin, explique Jérôme Delcamp. Et de nombreux clients se sont ainsi très vite adressés à nous.» Les ventes eurent lieu dans la salle Rossini, à quelques pas de Drouot.

Mais ce n’était pas Drouot. «La salle Rossini a l’avantage d’être proche de Drouot sans que l’on en subisse les inconvénients : par exemple, nous évitons que les gens ne maltraitent les livres parce qu’ils ne les connaissent pas… De surcroît, si la communication est bien faite, on peut organiser des ventes n’importe où à Paris ou ailleurs…» Sur ce point de la communication interviennent plusieurs facteurs qui auront été déterminants…

 

DESNOTICES TRÈSPRÉCISES ET COMPLÈTES

Au départ, les ventes aux enchères étaient réalisées pour «liquider» des biens meubles. On allait très vite, notamment dans les descriptions. Dans les années 1970 même, les notices étaient succinctes.

Les libraires ont été innovants dans ce domaine et aujourd’hui, certains clients peuvent aller jusqu’à reprocher aux maisons de ventes de réaliser des catalogues qui sont devenus de vraies éditions de fiches de libraires. Mais Jérôme Delcamp de rappeler aussi : «À la différence de beaucoup de domaines de l’histoire de l’art, un travail considérable a été réalisé depuis Guillaume-François Debure dans le domaine du livre. Et, aujourd’hui, nous nous appuyons sur un véritable arsenal de bibliographies, 200 ans de travail qui se poursuit…» 

Cette précision descriptive a ainsi précédé le développement d’Internet et des images. En fait, dans cette culture de la description, si une notice est bien faite, une photographie ne s’avère pas utile. Avec Internet, la diffusion de l’image qui représentait encore un coût il y a une quinzaine d’années n’en est plus un aujourd’hui…

Et le développement d’Internet a accompagné celui de Alde : «Internet a été un atout pour notre maison, confirme son directeur. Les gens nous trouvent beaucoup plus facilement.» 

 

L’IMPACTINTERNET

Toutes les ventes physiques d’Alde sont présentées sur Internet, en live. Mais cette maison développe aussi la vente silencieuse. Comme eBay, diraient certains. Pas tout à fait : Jérôme Decamp souligne ici la garantie et l’expertise absentes la plupart du temps sur les plates-formes d’enchères Internet.

«Nous effectuons des essais de ventes silencieuses, mais le marché ne nous semble pas encore mur. Néanmoins, nous avons commencé l’an dernier ces ventes sur Internet. Nous avons eu la chance de recevoir une bibliothèque héraldique basque qui comptait environ 1200 ouvrages. Un traitement classique nous aurait amené à prendre les 350 meilleurs livres pour les vendre en salle publique en plaçant le reste des lots dans des manettes. Nous avons bien effectué la vente physique de ces 350 meilleurs lots et nous avons mis sur Internet les 900 autres – ce qui a permis à des amateurs d’avoir accès à des documents rares et recherchés. Si nous connaissons les grands collectionneurs dans chaque pays, nous ne connaissons pas tous les amateurs qui font des recherches sur un thème, un sujet… Grâce à Internet, nous parvenons à les atteindre.»

En fonction des univers des livres proposés, la clientèle est plus ou moins internationale. Mais il est vrai que les ouvrages en français sont majoritaires, suivis par les livres en latin, en grec ancien, en italien puis en anglais… Alde est aussi spécialisée en manuscrits et autographes. «Il nous arrive de mettre en vente des manuscrits des livres que nous vendons…», précise Jérôme Delcamp, estimant que le marché des autographes était jusqu’à récemment sous-évalué. «Il n’était pas à son niveau normal».

Dans ce domaine, parmi les résultats d’Alde, il convient de rappeler la vente le 16 décembre 2011 d’une lettre autographe avec poème de Charles Baudelaire [31 décembre 1841] à son demi-frère Alphonse Baudelaire (45000 euros) et d’un manuscrit musical autographe signé, par Ravel, juin 1918, vendu le 16 décembre 2011 (23000 euros).

Beaucoup plus internationale que la clientèle des livres est celle des médailles et monnaies. Autre spécialité – de la maison Alde – qui possède de nombreuses affinités avec le livre. «Autrefois, un cabinet des médailles jouxtait souvent la bibliothèque de l’amateur, et le Cabinet des médailles dépend aujourd’hui de la Bibliothèque nationale.» D’ailleurs, ce marché des monnaies et des médailles suit la progression de celui des livres… Une belle réussite donc pour une société qui a su trouver très rapidement et sa place et sa clientèle. «Nous avons une clientèle fidèle et cette clientèle se renouvelle, reconnaît Jérôme Decamp. Mais ne cachons pas aussi que notre travail de sélection est de plus en plus sévère, celui de notre communication de plus en plus important». 

Des exigences que le maître imprimeur Aldo Manuzio n’aurait certes pas désavouées dans son attachement aux livres et au travail qu’il leur a consacré.

Propos recueillis par Frederik Reitz

• Hôtel Ambassador : 16, boulevard Haussmann, 75009 Paris
Tél. : 01 44 83 40 40

– Exposition à la Librairie Giraud-Badin (sauf pour les médailles)
jusqu’au lundi 23 mai de 9 h à 13 h et de 14 h à 18 h
(jusqu’à 14 h le lundi 23 mai)

– Exposition publique à l’Hôtel Ambassador le mardi 24 mai de 10 h à 12 h

http://www.alde.fr/vente/25831/1

ALDE
1, rue de Fleurus, 75006 Paris
Tél : + 33 (0)1 45 49 09 24
Facs : + 33 (0)1 45 49 09 30

 

Rédacteur en chef du "Magazine du Bibliophile et de l'amateur de manuscrits et autographes".
Site Web : http://www.mag-bibliophile.fr

Soumettre un commentaire

Vous devez vous connecter pour soumettre un commentaire.