Montmorillon, Cité de l’écrit et des métiers du livre

À la croisée de trois régions, le Centre, le Limousin et le Poitou,

la ville de Montmorillon dans le département de la Vienne (86) semble couler des jours tranquilles au bord de la Gartempe, affluent principal de la Creuse sans doute aussi capricieux et imprévisible que cette dernière…
Mais cette tranquillité mêlée de douceur ne signifie certainement pas qu’il ne se passe rien, comme s’il ne s’était d’ailleurs jamais rien passé (jusqu’à un tremblement de terre, le Vendredi saint, 29 mars de l’an 1000…). Si tous les bâtiments jadis érigés ne sont plus là pour témoigner de l’histoire, comme le château-gaillard, en pierre ou en bois selon toutes hypothèses, maisons religieuses, hospices, églises et vieilles bâtisses apportent à ces lieux moult résonances d’activités révolues. La plus grande richesse patrimoniale de cette commune, la Maison-Dieu, trône dans ses hauteurs avec l’Octogone. C’est en effet sur cette partie haute que la ville est née, alors que dès le Magdalénien – c’est-à-dire plus de 10 000 ans avant Jésus-Christ –, des hommes habitaient les grottes qui longent la rive droite de la rivière. Imaginez, en 1880, on retrouvait une défense de mammouth à 25 km de là, dans une grotte de Saint-Pierre-de-Maillé… Sur cet emplacement de l’hôpital-monastère qui abrita un temps un Petit Séminaire administré par les Jésuites, les Druides, aux premiers siècles de l’ère chrétienne, avaient déjà installé un «centre d’éducation». Voilà pour comprendre, en partie, le label «Ville d’art et d’histoire» attribué par le ministère de la Culture à Montmorillon.

S’il ne fait aucun doute que la Maison-Dieu des XIe et XIIe siècles ou la Sénéchaussée, par exemple devaient comporter des bibliothèques et posséder nombre d’ouvrages très anciens, rien de tel n’a hélas été conservé. Pas de lien direct et ancien ici avec l’univers du livre et de l’édition. Certes, la Gartempe faisait tourner quelques roues à aubes de moulins à papier, entraînant leurs piles à maillets, mais aucune activité connue de fabrication de livres au Moyen Âge ou même après l’Ancien régime… Seule l’édition des fameuses cartes Rossignol a rendu présent le nom de Montmorillon dans les «communales». Néanmoins, les vieilles pierres et toute l’écriture architecturale de la ville remplacent aisément cette tradition que l’on chercherait en vain dans la généalogie de la Cité de l’écrit et des métiers du livre.

Des livres pour sauver
des villages et cœurs de villes

Née avec le troisième millénaire comme la Ville du livre de La Charité-sur-Loire dans la Nièvre, cette Cité est historiquement le cinquième Village du livre français, après Bécherel en Ille-et-Vilaine (1987), Montolieu dans l’Aude (1989), Fontenoy-la-Joûte en Meurthe-et-Moselle (1996) et Cuisery en Saône-et-Loire (1999).

Le concept est simple : créer une concentration, un pôle de librairies pour sauver un cœur de village si ce n’est un village entier. Son initiateur, le libraire oxfordien Richard Booth, expérimenta cette idée au début des Sixties à Hay-on-Wye, dans le Pays de Galles. On peut sans risque d’erreur affirmer que le concept même de Village du livre est tout à fait lié aux années 60.

Hay-on-Wye, à une cinquantaine de kilomètres au nord de Cardiff, a inauguré la formule en 1963. Elle mettra plus de 20 ans pour traverser la Manche, le premier village continental étant celui de Redu en Belgique (1984).

L’idée d’un Village du livre à Montmorillon a sans doute été émise à plusieurs reprises… «En 1995, j’ai été élu au conseil municipal, explique Bernard Brassat, et je suis devenu deuxième adjoint au maire, chargé de l’information et du tourisme. En 1996, mon collègue adjoint à la culture n’était pas suffisamment disponible pour travailler sur le Salon du livre, je m’en suis donc chargé. Et j’ai eu l’idée d’ajouter un salon du livre ancien à cette manifestation dont la première édition eut lieu en 1994. En me documentant sur les salons et marchés de livres anciens dans la presse, j’ai découvert les villages du livre… J’ai donc proposé ce concept en réunion d’adjoints au départ.»

L’idée est ensuite parvenue au conseil municipal, puis, après étude, soutiens et financements du Conseil général et de l’Europe, après achats immobiliers et travaux de restauration, elle a abouti à l’inauguration de la Cité en 2000 en compagnie de René Monory.
Robert Cuzol, ancien pâtissier de Montmorillon, passionné d’histoire locale, a retrouvé pour nous une de ses photographies de l’époque prise juste au niveau du Vieux pont, photographie correspondant à une carte postale des années 1920. La maison du sabotier, à gauche, n’existe plus, laissant seule en angle une jolie bâtisse à colombage occupée par une crêperie. C’est précisément au niveau de ce pont que débute généralement la Cité de l’écrit pour le visiteur, à côté de l’ancienne place du Marché, aujourd’hui place du Maréchal Leclerc, centre de la ville basse. Pourtant, justement, sur cette place, le peintre Claude Pacaud nous rappelle que sa galerie (ouverte en 2003) en fait elle aussi partie, tout comme le magasin de cadeaux et décoration À Pas de Lou

(extrait de notre présentation de la Cité de l’écrit parue dans le numéro 81 du Magazine du Bibliophile).

 

Rédacteur en chef du "Magazine du Bibliophile et de l'amateur de manuscrits et autographes".
Site Web : http://www.mag-bibliophile.fr

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