La France restituera des manuscrits des 17e et 18e à la Corée du Sud

Cette décision annoncée par le président de la République, Nicolas Sarkozy, en marge du G20 le 12 novembre dernier soulève l’indignation du personnel de la BNF et d’autres institutions muséales. L’inaliénabilité du patrimoine national serait-elle remise en cause ?

Manuscrit coréen

La restitution à la Corée d’un ensemble de 297 manuscrits royaux (sur 340) dérobés par la Marine française en 1866 sur l’île de Gang-hwa soulève polémique et inquiétude.

Une pétition des personnels de la BnF présente sur le site web Jesigne.fr et portant actuellement près de 500 signatures – dont celles de nombreux conservateurs généraux – donne la mesure de l’affaire. En voici le texte…

«En marge du sommet du G20 de Séoul, le Président de la République a annoncé le retour en Corée de 297 manuscrits coréens conservés par la Bibliothèque nationale de France depuis 1867. Il faut rappeler qu’il existe en Corée d’autres copies de la plupart d’entre eux.
– Cette décision a été prise contre l’avis de la Bibliothèque et contre l’avis du ministère de la Culture qui depuis des années ont toujours plaidé pour des solutions avec réciprocité ou contrepartie (échange, prêt croisé ou par rotation, prêt par sous-ensembles…). Ils sont aujourd’hui désavoués.
– Cette décision prive la Bibliothèque nationale de France d’un ensemble remarquable de documents qu’elle s’est attachée à conserver, restaurer, inventorier, pour les mettre à la disposition des chercheurs comme elle le fait pour les très nombreux fonds étrangers qu’elle a collectés depuis le XVIe siècle, témoignant ainsi de sa grande considération pour le patrimoine des cultures étrangères et de son désir de le mettre au service de tous.
– Sous un habillage de prêt renouvelable tous les cinq ans, cette décision vaut restitution de fait, en contradiction avec le droit, qui ne permettra au mieux que des retours épisodiques des oeuvres en France et ne manquera pas de conforter, voire de susciter, des revendications de restitution que certains pays présentent de façon toujours plus soutenue aux archives, musées et bibliothèques partout dans le monde.
– Cette décision manifeste la subordination croissante et préoccupante des politiques patrimoniales et du droit – au risque de remettre en cause l’inaliénabilité des collections publiques – à des considérations politiques, économiques ou géostratégiques. Pour ces raisons, les personnels de la BnF […] souhaitent exprimer publiquement leur désapprobation d’une telle décision.»

Il ne s’agit ainsi ni plus ni moins que d’une forme de remise en cause du principe de l’inaliénabilité du droit de propriété des musées, établi dès la Révolution française et confirmé en 2002 (Loi no 2002-5 du 4 janvier 2002).
De fait, des pratiques internationales inédites apparaissent avec des restitutions liées aux patrimoines nationaux. Mais ira-t-on jusqu’à vider près d’un tiers des musées pour en fonder d’autres davantage basés sur l’échange ou bien ces restitutions ne feront-elles qu’enrichir et renforcer d’autres patrimoines nationaux ? Qui pourrait en décider ? Ce ne sont qu’au terme de réflexions menées collectivement que des décisions seront prises également par des commissions, des conseils… Car c’est ce manque de décision collective qui a le plus étonné dans «l’affaire des manuscrits coréens», du moins dans les médias.

Retrouvez cet article en intégralité dans le n°90 du Magazine du Bibliophile


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