Horsemanship – Une prestigieuse collection sur le cheval et l’art équestre : la Bibliotheca Hippologica Johan Dejager

 

• Nous revenons hic et nunc sur un ouvrage exceptionnel trop peu cité dans l’univers du cheval et de l’art équestre : la Bibliotheca Hippologica de Johan Dejager. Cet ouvrage couronne une collection de 364 ouvrages anciens sur l’hippologie, ouvrages réunis en une quinzaine d’années par Johan Dejager. Nous avons présenté cette bibliothèque dans Le Magazine du Bibliophile n°119-120, Spécial été 2015. Elle mérite vraiment que l’on revienne sur elle… Voici donc un extrait de l’article que nous avons publié, article de Jacques Renoux.

Des chevaux, ces animaux fascinants par leur beauté et leur puissance, leur allant, leur fougue et leur générosité, les hommes ont fait, depuis la nuit des temps, des acteurs complices de leurs activités les plus diverses  : guerres, transports de toutes natures, agriculture, chasse, carrousels, tournois, joutes, loisirs, etc. Pour canaliser et maîtriser cette énergie de l’animal dans toutes les directions, l’homme a exploré et utilisé les facultés (énormes) d’apprentissage du cheval, et les meilleures «  aides  » à employer pour obtenir ce qu’il en désirait  (dressage, art équestre) ; il a inventé les équipements et accessoires nécessaires (selles, brides, ferrures, harnachement) et des métiers aux savoir-faire spécifiques (maréchalerie, sellerie-bourellerie, etc.), développé ses connaissances anatomiques pour gérer au mieux la biomécanique de l’animal mais aussi pour le soigner (hippiatrie, médecine vétérinaire), etc… Tous ces acquis ont été consignés à travers de nombreux écrits, au fil des siècles. Témoignant de l’instauration d’un accord magique entre l’homme et le cheval. Pour des performances en tous genres.

Lors du « Longines Global Champions Tour », la plus importante compétition mondiale de saut d’obstacles 5 étoiles, à Anvers, en 2014, son organisateur, Johan Dejager a livré au public un ouvrage rassemblant 364 imprimés et manuscrits anciens majeurs traitant de nos connaissances sur les aspects les plus divers du cheval, ayant vu le jour en Europe au cours des quatre siècles et demi qui ont suivi l’invention de l’imprimerie. Une prestigieuse bibliothèque pour «  l’homme de cheval  » réunie en une bonne quinzaine d’années par ce «  capitaine d’industrie  ».

Un jour, raconte Johan Dejager, son attention fut attirée, grâce à un article de Xavier Libbrecht, éditeur-rédacteur en chef de L’Éperon, sur Philippe Deblaise, libraire d’ancien spécialisé en hippica (et particulièrement en ouvrages des XVIe et XVIIe siècles). Celui-ci étant, par ailleurs, «  un homme de cheval  » accompli, cavalier et éleveur de chevaux, auteur de romans équestres et d’un essai sur le livre équestre à la Renaissance, etc.

Une quête commune s’engagea à travers le monde pour constituer cette collection. Et c’est Philippe Deblaise qui encouragea Johan Dejager à la consigner dans cet ouvrage, auquel il apporta également sa contribution parmi une brochette de spécialistes  : historiens, linguistes et personnalités du monde équestre comme Michel Henriquet, cavalier de dressage, membre de la Commission dressage de la FFE (Fédération Française d’Equitation), conseiller technique auprès du  Cadre noir  de Saumur   et entraîneur de nombreux cavaliers, disparu en décembre dernier, à l’âge de 90 ans.

L’ouvrage (en anglais) comprend une introduction par le collectionneur, Johan Dejager, et quatre essais,  sur  : – les connaissances équestres en Europe aux XVIe et XVIIe s. par Elisabetta Deriu  ; – les travaux de médecine vétérinaire équine aux XVIIe et XVIIIe s. par Bernard Clerc  ; – le développement des cavaleries militaires aux XVIIe et XVIIIe s. par Thierry d’Erceville  ; –  l’homme de cheval dans la peinture, le dessin et les estampes avec les artistes les plus remarquables de la période par Tim Clayton.

La collection est présentée chronologiquement, par siècle, puis par pays  : Allemagne (97 titres), Italie (90), Pays-Bas (14), Angleterre (37), France (104), Espagne & Portugal (23). Les descriptions des ouvrages sont très précises, suivies de commentaires situant les éditions et précédées d’une notice biographique sur l’auteur, le tout avec références bibliographiques et mis à jour à la lumière des dernières recherches. Un solide et très appréciable travail d’érudition.

L’imprimé le plus ancien de cette collection est l’édition princeps, publiée avant1490, du Liber Marescalcie equorum…  de Lorenzo Rusio, un traité de médecine équine qui connut un succès durable. L’auteur considéré jusqu’à récemment comme le plus ancien, Xenophon, historien et soldat Athénien du Ve siècle avant J.-C. est représenté par la très rare et seule édition de la première traduction en italien de son fameux traité Ipparchia, sous le titre Il Mode del cavalcare (1580).

Si les livres à planches ont connu un développement spectaculaire au XVIIIe s., ils étaient déjà fort appréciés avant. Telle la somptueuse suite de 22 gravures de cavaliers et lansquenets de The Riding School données par le flamand Jacob II de Gheyn qui figure ici dans sa très rare première édition (Leiden, 1599). La Méthode et invention nouvelle de dresser les chevaux par le … Prince Guillaume et Comte de Newcastle, William Cavendish, ici dans le second tirage de la première édition (1658) comporte 42 planches gravées à double-page. On compte plusieurs ensembles très rares : Die Pfenderassen... (Augsbourg, 1744-1760), et Vorstellung der Pferde… (Augsbourg, vers 1768), avec 50 planches gravées, un des 3 exemplaires coloriés à la main, de John Elias Ridinger  ; des séries de Georg Philip Rugendas, Charles Parrocel, Carle Vernet, etc.

La médecine équine tient à juste titre, depuis le début, une place importante dans toute cette littérature. Nous trouvons ici, en rare édtion post-incunable (1519), Diesz puchleyn saget wie man pferdt ertzneyen… de Meister Albrecht, avec en frontispice un joli bois gravé représentant un médecin et son assistant apportant leurs soins à un cheval.

 

[cet article a été publié dans le numéro 119-120 du Magazine du Bibliophile – numéro toujours disponible au siège du magazine]

 

Bibliotheca Hippologica Johan Dejager – Great Books on Horsemanship.
Compiled & edited by Koert van der Horst. Éditions Brill, Leiden (Pays-Bas), 2014.
Fort in-4° (32 x 23 cm), 784 pages, 1029 illustrations en noir et en couleurs,
relié pleine toile noire, sous jaquette à rabats illustrée en couleurs.
In fine, bibliographie et index des auteurs, des artistes, des imprimeurs et éditeurs,
des autres noms et lieux et des provenances. ISBN 978 90 6194 480 5.
186 euros.

 

Edited by Koert van der Horst

 

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