Exposition André Gide-Marc Allégret, à Cahors : « Voyage au Congo »

• 1925-1926 : à partir de Bordeaux… embouchure du Congo, lac Tchad, nord du Cameroun…

 

Fascinante exposition présentant plus de quatre-vingt photographies de Marc Allégret et du film qu’il a réalisé avec André Gide lors de leur périple de dix mois en Afrique équatoriale, au Congo – 1925-1926. Une partie essentielle de l’œuvre de Gide est alors déjà publiée. En 1925, à presque 56 ans, il apparaît déjà comme une figure centrale de la NRF, mais ce Voyage va en sorte constituer le début d’un engagement politique plus marqué, et c’est pendant son absence – en 1926 – que sera publié Les Faux-Monnayeurs dont il avait confié le manuscrit à son ami Roger Martin du Gard (dédié à Martin du Gard, Les Faux-Monnayeurs ont été rédigés entre 1921 et 1925). Cette même année 1926 paraitra également Si le grain ne meurt en édition courante.

Gide voue un véritable culte à Marc Allégret, lequel restera proche de lui jusqu’à sa mort. Le voyage début le 18 juillet 1925, à Bordeaux, et c’est dans ce port qu’ils rentrent d’Afrique le 31 mai 1926. Pourquoi l’Afrique ? Sans doute parce que le père de Marc Allégret, Elie Allégret, qui, pasteur missionnaire au Cameroun, avait été une sorte de directeur de conscience pour Gide. Il avait rapporté tant de récits qui séduisaient l’écrivain que ce dernier, se plaignant de pannes d’inspiration, imagina ce voyage… Le déclic se fera grâce à Marcel de Coppet (1881-1968), ami, puis gendre de Roger Martin du Gard. Administrateur des colonies, il avait été nommé au Tchad et tenait à ce que des écrivains puissent venir.

Afin que l’aventure prenne définitivement corps et pour acheter le matériel cinématographique et photographique nécessaire, Gide vendit une partie de sa bibliothèque ! Cette vente eut lieu le lundi 27 et le mardi 28 avril 1925 à l’Hôtel Drouot, menée par Charles Queille*, commissaire-priseur, et Edouard Champion, libraire-expert (5 et 7, quai Malaquais). Le catalogue de livres et manuscrits réalisé par Champion fut préfacé par Gide. Cette vente produisit un résultat net de tous frais de 85 700, 51 F (de l’époque), soit plus de 68 000 E d’aujourd’hui.

De ce voyage, naîtront deux ouvrages publiés chez Gallimard, des carnets de route : le premier, Voyage au Congo, en 1927, et le second, Le Retour du Tchad, en 1928. Mais également, un livre intitulé Dindiki, tiré à 600 ex. en 1927 à Liège. Enfin, prises par Marc Allégret, les photographies présentées reflètent toutes les beautés d’un univers qui n’est pas «seulement “étrange”»… «La case des Massas ne ressemble à aucune autre, il est vrai ; mais elle n’est pas seulement “étrange” ; elle est belle. […]» (Le Retour du Tchad, Moosgoum, février 1926).

Certaines photographies ainsi que le film, comme le souligne Philippe Soupault dans Europe du 15 octobre 1928, mettent aussi en scène André Gide et/ou Marc Allégret. Soupault qui, sur le Retour du Tchad, écrit… : «Il faut donc que ce livre soit lu et médité par ceux qui estiment que la liberté n’est pas un mot et qui, en leur âme et conscience, refusent de se désintéresser de ce qui est humain. Il importe que les conséquences d’une pareille protestation ne se perdent pas dans les sables de la bureacratie coloniale.»

À lire absolument, en marge de cette exposition, l’ouvrage de Jean-Claude Perrier édité chez Flammarion en 2011 : André Gide ou la tentation nomade. Les quelques détails apportés ici sur le voyage de Gide et Allégret proviennent essentiellement de cette publication dédiée à Catherine Gide, publication soutenue par la Fondation éponyme.**

(*) – Voir : http://www.archivesnationales.culture.gouv.fr/chan/chan/series/pdf/BB9-commissaires-priseurs.pdf
(**) – http://www.fondation-catherine-gide.org/

 

• Grenier du Chapitre
Rue Saint-James, Cahors
Tous les jours, sauf le mardi, de 11 à 18h
Jusqu’au 31 août 2014

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